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samedi, septembre 22, 2018
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Funk 70’s, les années Black & Proud (2/4) : L’après Sly Stone

Dossier réalisé par Leonard Silva & Elia Hoimian

 

L’après Sly Stone : l’ombre de Hendrix

Avec l’avènement de Sly Stone, toute une écurie de musi­ciens transfuges à la fois du blues, du rhythm ‘n blues et du jazz, vont s’exprimer dans la frontière entre le funk et le disco, en comblant le vide entre le funk et le jazz. Un certain Miles Davis qui, dans le milieu du jazz se heurtait à des conservatismes dans sa recherche de voies nouvelles pour le jazz, va prêter une grande attention (pas seulement musicale puisqu’il adopte, sur le plan vesti­mentaire, la démarche afrocentrique de ces 70’s funks­ters) à cette nouvelle génération. Jimi Hendrix, en mettant en avant la guitare électrique, a révolutionné sa place dans le monde du rhythm’n blues et créa ainsi les bases d’un jazz-rock avant la lettre. Des gens tels que Kool And The Gang, George Clinton et sa Funkadelic Nation, Mandrill et autres Johnny Guitar Watson vont exaucer ce vœu, en inspirant la légende de la trompette jazz qu’est devenu Miles Davis. Avec ces musi­ciens, la guitare aux côtés de l’irremplaçable orgue Hammond et du clavinet, est devenue un instru­ment phare sur les plans rythmique et lead, reprenant sou­vent la place des bons vieux cuivres.

Mandrill

Mandrill est un groupe mixte, Noirs-Chicanos, de la côte Ouest américaine qui pratique un funk axé sur de puis­santes rythmiques de guitare complétée par des solos du même instrument. Les frères Wilfred Wilson (basse), Louis Wilson (trompette), Ric Wilson (saxophone) et Carlos Wilson (trombone) fondateurs de Mandrill, concoctent une nouvelle alchimie sonore, transfor­mant le groupe dans une des figures essentielles de ce nou­veau « Black Sound », en explorant également des zones reggae et installant définitivement le Funk dans les « dancefloors » (disque : We Are One).

 

Clinton, Bootsy et les autres…

Mon Dieu, Clinton !!! Un impénitent extraverti, un fou génial, une incorrigible « grande gueule » qui crie toujours son vénin à l’Amérique bien-pensante et raciste… Une légende. James Brown a laissé « I’m Black And Proud » au patrimoine social et musical noir, George lui a offert un caniche irradié : « Atomic Dog » qui ne cesse de hanter les nuits tourmentées de l’Amérique blanche. Docteur Funkenstein, 42 ans, commence son odysée en 1955 à Newark où il donne naissance à Parliaments, un groupe de doo-wop. Après un premier titre et un métier de coiffeur, George rejoint la Tamla-Motown, puis Revilot où il enregistre son premier succès en 1967 : « I Wanna) Testify ». Avec Bootsy Collins (ex-bassiste de James Brown), The Horny Horn de Fred Wesley et Maceo (autres transfuges des JB’s), Bernie Worrel et ses Brides Of Funkenstein (choristes), Clinton va poser la nouvelle base du funk : sans limites. A son Rhythm ‘n blues débridé, il ajoutera l’ambiance psychédélique des folles envolées des riffs de guitare rock, créant ainsi une ambiance sulfureuse d’un funk bien particulier. Clinton, prenant la pensée révolutionnaire des Black Panthers et de Malcolm X comme support philosophique, poussera les couleurs afrocentriques à leur paroxysme. Tout en lui, jusqu’à son accoutrement et ses cheveux respirent le défi. Et Funkadelic apparaît comme une réponse d’une violence musicale à l’establishment. Les com­mentaires sociaux florissent dans ses compositions (cf « Interplanetary Funksmanship »).

En 1970, l’album Free Your Mind And Your Ass Will Follow annonce cette nouvelle attitude révolutionnaire poursuivie tout au long d’une carrière mouve­mentée. Depuis deux ans, Docteur Funkenstein était encore à la recherche d’un éditeur pour son dernier album, qui, grâce à Prince, verra enfin le jour. On y découvrira un George Clinton revenu à ses premières amours : une lutte sans merci contre l’injustice raciale américaine. Soutenu en ce sens par Ice Cube, entre autres.

Quant à Bootsy Collins, son ancien lieutenant, il, poursuit son petit bonhomme de chemin et s’est imposé depuis belle lurette comme un autre clone incontournable de la planète funk. Avec la bénédiction du père.

 

The IsIey Brothers

Les frères lsley (Rudolph, Ronald, Marvin, Ernie, O’Kelly et Chris Jasper), en tant que combo, existent depuis les années 50. The lsley Brothers véhiculent la pure tradition rhythm’n’blues. Ils ont écumé, dès ces années-là, tous les clubs de New-York et de la côte Est américaine, jouant dans des endroits où bière rimait avec « soul food ». Leur look « clean-cut » (propret) d’étudiants sages en mal d’aventures « dandinesques » contrastait à la fois avec l’ambiance miteu­se de ces clubs (où la drogue circulait déjà) et le style de leur musique. En fait, à cette époque-là, The lsley Brothers était, dans sa quintessence, une formation de rhythm’n’blues aux fortes tonalités gospel. D’ailleurs, ils sont devenus pendant un court moment, les patrons d’un dénommé Jimi Hendrix, guitariste de talent en qui Ronald lsley voyait déjà le destin exceptionnel que nous savons.

En 1971, grâce au Harvard Report (une enquête sur l’état de la musique noire réalisée par la Harvard University Business School), Columbia (ex-CBS Records) créera son département black music dans lequel seront signés des artistes comme Santana, The O’Jays et aussi The lsley Brothers, après un court séjour chez Motown et Budda Records. Cette signature avec Columbia, à partir de 1972, va permettre aux frères Isley de créer leur label, « T-Neck », et en même temps, de développer une ligne plus funk, orientée vers le dance floor. Leur soul-funk, surplombé par le timbre doux de Ronald lsley, fera d’eux, après Sly and The Family Stone, un des pre­miers groupes noirs à ‘faire le « crossover ». Ce changement de cap musical, sera accompagné par une nouvelle tenue vestimentaire du groupe, au sein duquel l’afro-style et les couleurs bigarrées prennent la dimension du terme funk. Le bizarre et le non-conventionnel deviennent deux éléments essentiels de leur look, jusqu’à l’aube des années 80. Contrairement à Bobby Womack, Tyrone Davis et autres Johnnie Taylor, les lsley Brothers n’ont pas été victimes de la sociologie et de la logique économique en vigueur chez les majors. Ils ont même écrit « Fight The Power », une « funky-pro­test-song ». Ensuite, la famille s’est séparée. Marvin lsley, Chris Jasper et Ernie Isley ont formé le trio Isley-Jasper-Isley et ont enregistré deux albums, Broadway’s Closer To Sunset Boulevard (1983, Epic) et Caravan Of Love (1985, Epic). O’Kelly lsley, l’aîné de la famille, décède le 31 mai 1986, succombant à une crise cardiaque, laissant à Rudolph et Ronald le soin de préserver la flamme des Isley Brothers qui ont, depuis, signé plusieurs albums pour Warner Bros, parmi lesquels nous vous conseillons vivement « Smooth Sailin' » (1977, Warner Bros.). Il y a trois ans, Ernie Isley a enregistré aussi High Wire (1990, Elektra), un projet solo à mi-chemin entre le rhythm’n’blues et le funk rock, débordant d’énergie mais, loin s’en faut, dépourvu de « soul » (eh ! oui, l’âme). Néanmoins, The lsley Brothers restent parmi ceux qui ont influencé toute une génération : Prince et consorts.

Lire aussi : Funk 70’s (3/4) : le Philly Sound, The O’Jays, The Bar-Kays…

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