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samedi, septembre 22, 2018
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Funk 70’s, les années « Black Is Beautiful » (1993)

Dossier réalisé par Leonard Silva et Elia Hoimian

 

Depuis la fin de la Deuxierne Guerre Mondiale, l’évolution de la musique noire-américaine a été secouée par des nouvelles tendances et de mutliples mouvements, differents les uns des autres. Les annees 40 nous ont apporté le rhythm’n blues, les 50’s le rock ‘n roll (euphémisme utilisé pendant les 30’s et 40’s dans les milieux « black Jazz » pour signi­fier « b…er »), les 60’s, la soul music et les 70’s, le funk et son prolongement, le disco. C’est de cette derriere décennie, dont les racines plongent loin dans le maelstrom, de la longue marche des Noirs-Americains pour les droits civiques, qu’il est question.

 

Les sources sociétales

Une voie initiée par les visions conflictuelles de Booker T. Washington (fondateur du Tuskgee Institute, premier collège noir-américain, auteur de Up From Slavery (autobiographie, 1865-1915) et William Edward Burghardt Du Bois (1869-1963, sociologue, historien, auteur de « The Souls Of Black Folk » (1903) et fondateur de la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People) d’où a jailli le panafricanisme. Le funk, à l’’instar du mouvement noir pour les droits civiques de la décennie 60, est la réaction à la fois sociale et politique, d’abord à une société ségrégationnis­te, racialement violente, et déniant le droit de vote au peuple qu’ils ont mis en esclavage. Ensuite à une industrie du disque, trop confortée dans son rôle d’architecte de stéréotypes musico-raciaux : « race music » (blues), « race charts » (rhythm ‘n blues charts). C’est en ces termes que l’american music business définissait la musique africaine-americaine , depuis les années 20 jusqu’aux années 50.

W. E. B. Du Bois (gauche) and Booker T. Washington

Ainsi la funk music, classée « black rock » par les critiques de la spécialité, fut de la même facon une réponse à ceux qui, selon la legende, pensaient que le musicien noir était incapable de jouer le rock’n roll. Ceux dont la memoire a effacé le « shuffle boogie » de Louis Jordan and Timpany Five et notamment « Let The Good Times Roll », son morceau historique de 1947. Au-delà des paramètres socio-poli­tiques, il y a aussi le côté créatif du funk, à la fois comme élément novateur sur le plan de la musique populaire et en tant que mode de vie. Le jazz, le blues, la soul, le rock, le gospel s’y entrecroisent, pour traduire le sens de la fête et du non-conformisme, sur une base débridée de percussions africaines. Car le funk est aussi le déclic de la fascination des Africains-Americains pour l’Afrique. Cette fixation va inspirer les musiciens noirs et pas seulement des Etats-unis à adop­ter une démarche afrocentrique en matière vestimentaire et expression corporelle. Les couleurs vives s’affichent fièrement, le afro-hair, telle une coiffure de guerre est de mise. La démarche rythmée, la gesticulation dans l’acte du salut à son « funky fella (fellow) » a valeur de symbole. En somme, le Funk des années 70, démarche artistique et politique, propose une nouvelle esthétique au-delà de l’art musical africain-americain et vise à affranchir la musique populaire americaine du systeme « rock ‘n roll », né de l’imagination d’Alan Freed (dj de Cleveland) à l’aube des années 50. Le funk est aussi la réalisation pratique de ce qui était devenu le cri de guerre des Afro-Americains (depuis les emeutes de Watts et Chicago en 1965, de Tampa, Cincinnati, Atlanta, Newark et Detroit en 1967 et l’assassinat de Martin Luther King à Memphis en 1968) lancé par les Black Panthers : « Black Is Beautiful ».

Un des émules de la nouvelle philosophie sera Sylvester Stewart alias Sly Stone, qui a bien retenu la lecon des JB’s de James Brown. Ces derniers sous la houlette d’Alfred « Pee Wee » Ellis sont revenus aux racines du rhythm’n blues version Louis Jordan, créant dans la deuxierne moitié des 60’s un style appelé « funk » qui va inspirer Sly Stone, George Clinton et toute une génération de musiciens africains-americains. « Cold Sweat » en 1967 et « Sex Machine » en 1970 de James Brown sont les morceaux historiques qui ont servi de base experimentale a la grande épo­pee « funky », dont l’instrument le plus caractéristique sera sans aucun doute le clavinet.

Sly & The Family Stone

 

Sly Stone, l’icône

Sylvester Stewart, jeune musicien noir de la côte ouest américaine, va devenir l’un des premiers à immortaliser le son du clavinet en l’intégrant dans la palette sonore d’un nouveau style qui est le funk. Inspiré par l’exemple de Jimi Hendrix, Sly monte un groupe mixte (race et sexe) au sein duquel la guitare cesse d’être un simple instrument d’accompagnement.

Avec Sly & The Family Stone, il crée un nouveau style de rhythm’n blues en développant la base des JB’s. Son flirt avec le rock le poussera vers des horizons « Funky”, en dehors des sentiers traditionnels, mais pas au point de s’aliéner le public noir. Cet ancien DJ de Bay Area, élevé au son du gospel et de la soul, sera le premier à convaincre les responsables des majors que l’on peut faire une musique populaire, intéressant à la fois les Noirs et les Blancs (le « crossover » bien avant les fatidiques 80’s), sans perdre son âme. Refaçonnant à San-Francisco l’univers « free-love and drog » cultivé par Hendrix, Sly forge une nouvelle attitude du musicien noir, face à l’establishment américain. Il devient le premier artiste noir à signer avec le label Epic. Mais son style nou­veau, est loin d’extirper ses racines musicales, bien au contraire. Dance To The Music son premier album pour Epic en 1968, véhicule en effet ce côté Soul-Gospel, inté­gré à son funk nouvelle formule résultant notamment de la polyrythmie à la James Brown, créée par le bassiste Larry Graham, le batteur Greg Errico et le guitariste Freddie Stone. Sly Stone, combinant puissance rythmique et beauté mélodique, fait ainsi découvrir le funk au public rock. « I Want To Take You Higher », « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Again) », « Everyday People », « Stand », « It’s A Family Affair »… en sont des illustrations probantes. Son funk basé sur une sorte de chaos organi­sé, où l’expression individuelle assume une place majeu­re, ouvre les yeux aux responsables de CBS, qui venait juste de mettre un terme au contrat d’Aretha Franklin, la jugeant trop noire pour un « Pop-Establishment », blanc. Le succès international de Sly and The Family Stone, et celui de Otis Redding chez Atlantic, donneront lieu à une réflexion au sein de CBS, sur les potentialités des artistes noirs-américains. Avec Sly Stone tombait le mythe selon lequel la « black american music » n’intéressait pas le public blanc américain, à moins qu’elle fût jouée par Elvis Aaron Presley, un jeune Blanc qui cultivait la gesticulation des Noirs et dont l’interprétation de morceaux tels que « Heartbreak Hotel », « Hound Dog » ou « That’s Alright Marna » montrent qu’il faisait plus qu’écouter Big Boy Crudup et Big Mama Thornton. Malheureusement, la drogue et de fréquents démêlés avec la justice vont sérieusement entamer le potentiel créatif de Sly Stone qui, par la suite, change de maison de disques, enregistre une brochette d’albums dont Back On The Right Track (1979, Warner Bros.), et se refait une santé physique et morale. Hélas, ce retour sur le droit chemin n’a plus la force créatrice de la première époque.

Sly Stone disparaît progressivement du « mainstream ». Néanmoins sa « funky attitude » chargée de politique, de provocation artistique, et forgée dans la très conservatrice Amérique de Nixon va se révéler porteuse d’espoir, Prince et bien d’autres musiciens noirs ont su la réactualiser. Des « White Negroes » (selon le jargon US) tels les Bee Gees, Peter Gabriel, Phil Collins, Hall and Oates et beaucoup d’autres s’en sont inspirés.

 

Lire aussi : Funk 70’s, les années Black & Proud : L’après Sly Stone

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