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Funk 70’s (4/4) : Kool & The Gang, Con funk Shun, Cameo, James MTumé

Dossier réalisé par Leonard Silva & Elia Hoimian

Kool & The Gang

Les Kool & The Gang, sont une des plus grandes « success sto­ries » de la musique Afro-américane de ces trente dernières années. L’instigateur de Ia grande saga, c’est le bassiste Robert « Kool » Bell qui, en compagnie de son frère Ronald Bell (saxophone) et cinq autres étudiants de Ia Lincoln High School de Jersey City, à savoir Dennis Thomas (saxopho­ne), George Brown (batterie), Robert Mickens (trompette), Woody Sparrow (guitare) et Rick Westfield (claviers), forment les Jazziacs, en 1964. Mais Ia période total jazz de Robert « Kool » Bell et ses comparses sera courte. En 1967, le groupe rempla­ce Woody Sparrow par Claydes Smith à la guitare, change de nom et devient The Soul Machine. IIs s’orientent vers une direction plus rhythm’n blues, tout en préservant Ia facette « street-jazz-funk ».

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En 1969, The Soul Machine, signe avec le label Red Coach de Gene Redd, un ancien membre de Fi-Tones, un groupe doo-wop des années 50, et enregistre son premier single, dont le titre n’est autre que « Kool & The Gang ». Ce disque est un instrumental de « funky rhythm ‘n blues » avec ,des tonalités jazzy. « Kool & The Gang » entre dans le « R&B Top 20 » et également dans le Top 100 des singles. « The Gang’s Back Again » et « Let The Music Take Your Mind » classent à nouveau le groupe (maintenant devenu Kool & The Gang) dans le « R&B Top 20 ». Au cours des années 1971-1972, le groupe continue­ra d’écumer le circuit Rhythm’n Blues, avec des tubes tels que « Funky Man », « Who’s Gonna Take The Weight » ou « Love The Life You Live ». L’album Wild And Peaceful, en 1973, intégralement écrit, arrangé et réalisé par le groupe, amorce un tournant dans la carrière de Kool & The Gang. Ce dernier oriente de plus en plus sa musique vers la piste de danse. Quelques bijoux sor­tent de ce « dancefloor spirit » : « Caribbean Festival » et « Love And Understanding ».

Toutefois, ce ne sera qu’en 1978, que Kool & The Gang, va aller au-delà des « R&B charts », grâce à l’intégration de James « J.T. » Taylor, chanteur à Ia voix « soulful », maîtrisant la ballade et les « fast-tempo-grooves ». L’arrivée de J.T.T et un début de collaboration avec le producteur Eumir Deodato (débauche dans l’album Ladies Night qui se vendra à un million d’exemplaires dans le monde) donneront un nou­veau souffle au groupe. Dorénavant, le « heavy-funk » sophis­tiqué de Kool & The Gang va s’installer dans les charts de Ia planète, « Celebration » en 1980 aux accents gospel est le mor­ceau qui caractérise le mieux leur association avec Eumir Deodato. En dépit de la fin de cette liaison en 1983, Kool & The Gang continuera d’être un habitué des charts mondiaux tout au long de la décennie 80. Apres le départ de James « J.T. » Taylor en 1988 pour une carrière solo, trois chanteurs font la voix lead : Gary Brown, Skip Martin et Dean Mays (ex ­Dazz Band). Vocalement, le son est moins personnel, mais l’âme instrumentale du Gang reste intacte, nous rappelant qu’ils ont été le groupe noir le plus populaire de tous les temps (à I’instar des Earth, Wind and Fire, des Commodores…) et aussi celui qui a influencé toute une génération de musiciens, notamment en Grande Bretagne.

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Con Funk Shun

Un groupe qui aura également marqué son époque et le son funk par la part belle faite aux cuivres dans leurs composi­tions, à l’instar des JB’s. Bien qu’il ait placé pendant une décennie huit titres dans le top 10 R&B chart et aligné six albums consécutifs certifiés Or et Platine, Con Funk Shun est le plus méconnu du public. Et pourtant, il a de commun avec les deux précédents groupes sa collaboration avec Skip Scarborough (compositeur et arrangeur des EW&F) et Eumir Deodato (Kool & The gang). Deuxième point commun avec les EW&F : ils se sont également établis à Memphis au milieu des 70’s. Formé par Michael Cooper et Louis McCall, dans le nord de la Californie, les Project Soul, au nombre de sept musiciens —Michael ver­non (lead), Louis McCall (per­cussions), Karl Fuller (trompet­te), Paum « Maceo » Harrell (sax), Felton Pilate II (trombone) et Danny Thomas (piano) — ont officié aux côtés des Soul Children, un groupe de Stax.

Pour des raisons de similitude avec leurs aines de Stax, ils adopteront le nom des Con Funk Shun. « Ffun », tire de l’al­bum Secrets, « I’m Leaving Baby » (une collaboration avec Maurice Starr), les albums Loveshine, Candy, Touch sont autant de cartes de visites qui créditent ce groupe d’une solide réputation justifiée de puissance vocale exceptionnelle et des arrangements funks de grande envergure. Alors que le groupe se refaisait une forme avec l’ar­rivée d’Eumir Deodato notamment, et s’établissait comme un groupe de la trempe de Cameo, les sept membres décident de se séparer en 1986. Pilate a entamé une carrière de produc­teur, Cooper chante désormais en solo, McCall continue à frap­per sur les peaux séchées… On se souviendra néanmoins que pendant très longtemps, Con Funk Shun a fait danser la planè­te notamment avec un titre comme « Too Tight ».

Cameo

Un groupe essentiel de la période funk, avec les attributs politico-sociaux et un sens du groove hors-pair fait de heavy beats tranchants, purs et durs. Plus encore, Cameo est connu pour ses époustouflantes prestations scéniques. A sa grande
époque, le groupe alignait jusqu’à deux cents concerts par an.
Et pourtant, la route du succès fut longue, très longue pour ce combo new yorkais. Formé en 1974 par Larry Blackmon (lead vocalist et percussions) et Gregory Johnson (keyboards) avec
Nathan Leftenant (tenor sax) et Thomas Jenkins (lead & back-ground vocalist) sous le nom de New York City Players ; le groupe verra son nombre s’accroître avec l’arrivée de musiciens tels que Aaron Mills (guitare bass), Charlie Singleton (guitare)…et du chanteur Wayne Cooper. Deux ans après leur création, ils atteindront le chiffre (effrayant) de treize donnant au circuit l’une de ses grosses machines de guerre funk. Le nom du groupe se confondant souvent avec celui des Ohio Players, les membres décident de le remplacer par Cameo, à l’occasion de leur premier album, Cardiac Arrest, en 1977. Au changement de nom précède une nouvelle attitude identitaire : la fierté noire, inspirés en ce sens par leurs prédécesseurs Parliament, EW&F et autres. L’album au titre afrocentrique We All Know Who We Are et le très politique « Talking Out The Side Of Your Neck » traduisent amplement cette prise de conscience. En 1980, le groupe se morcelle. Ils ne sont plus que neuf lorsque Cameosis — le premier véritable succès du groupe certifié disque d’or et classé dans le Top 30 américain —, sort cette année-là.

 

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Fuyant les injustices raciales du nord dans l’Amérique de Reagan. Larry Blackmon, Nathan Leftenant, Thomas Jenkins, Gregory Johnson et Charlie Singleton s’installent dans le sud, à Atlanta (où Larry monte son label sur lequel sortiront les albums) en 1982. Une disloquation supplémentaire qui affectera la direction musicale du groupe. Un nouveau son qui intègre à la fois la polyrythmie funk, le jazz et une touche de rock modéré. « She’s Strange » (en 1984), classé dans le UK Top 20, sera le premier single qui imposera Cameo au marché européen via l’Angleterre. Plus encore, le grand succès mondial du trio Cameo (Blackmon officiant désormais en producer) sera l’album Word Up et le single du même titre, en 1986. Une longue marche vers le succès défrichée par les albums Alligator Woman, Single Life et des titres comme « Candy », « Back And Forth »…

Après sa collaboration avec Miles Davis sur le titre « In The Night » en 1987 et Ry Cooder (sur l’al­bum Get Rhythm, 1987) le groupe s’est fait oublier. Même si Larry Blackmon est depuis, devenu un producteur à succès d’Atlanta.

 

James MTume

« J’ai été à l’université Miles Davis ». Cette phrase est de James Mtume, un directeur artistique qui a donné à Roberta Flack et à la culture afro-américaine, l’un de ces classiques soul : l’album Blue Lights ln The Basement. Musicien de jazz et inconditionnel de Miles Davis, James Mtume décide s’ou­vrir à une musique plus populaire et rejoint l’orchestre de Roberta Flack dont il deviendra plus tard le directeur artis­tique. En 1978, il se joint à Reggie Lucas pour produire « The Closer I get To You », un duo Roberta Flack/Donny Hathaway. Le titre se vendra à plus d’un million d’exemplaires et offrira au team de compositeurs-producteurs Mtume/Lucas, leur premier Grammy. C’est le début d’une fructueuse collabora­tion qui va durer jusqu’au milieu des 80’s. Ensemble, ils pro­duiront « What’cha Gonna Do With My Lovin' » et « Never Knew Love Like This Before » — leur second Grammy — pour Stephanie Mills. Le duo de compositeurs est désormais une valeur sûre du circuit. Dans la foulée, ils travailleront avec la chanteuse soul Phyllis Hyman, et réuniront Stephanie Mills et Teddy Pendergrass dans un autre duo époustouflant. Autre pièce maîtresse à ajouter au dossier de ces compositeurs géniaux, le single « Back Together Again », un classic funk interprété, une fois de plus, par Roberta et Donny qui mourra la nuit même de l’enregistrement.

Malgré une carrière commune couronnée par dix disques d’or, les deux producteurs se séparent. James crée alors Mtume… et se consacrera désormais à créer ce son unique qui fait de Mtume une des grandes figures du funk des années 80 : une fine lame de synthé sur un heavy funk balancé par un tempo faussement nonchalant avec des intros de sax soprano. Le « sophisti­funk », comme il le définit lui-même sera reconnue du public noir grâce au hit single « Juicy Fruit », tiré du second album du même nom de Mtume. Le fameux « Crossover » tant attendu par certains artistes n’a pas eu lieu. Mais comme le dit James : « le terme de radio pop est juste un euphémisme pour désigner une radio blanche, et le crossing over est la manière de se faire accepter. Je n’en ai que faire. J’écris dans une vision noire et je me désole de voir ces artistes qui poursuivent un hit pop en changeant leur style, au risque de perdre leur public noir sans nécessairement en gagner un autre, blanc ».

« La musique devrait contenir des commentaires sociaux », continue James. Ce vœu pieux ne sera malheureusement pas le slogan des années 80, qui verront le funk s’orienter essentiellement vers de la musique pour nightclubs. Perdant ainsi cette dimension politique qui a donné naissance et a fait la force de ce mouvement. La sève créatice du funk s’est, par la même occasion, liquéfiée dans une mare de compositions de textes débiles, sans profondeur, pour contenter un public qui n’a jamais rien compris à la légitimité des aspirations du peuple noir. Ou qui n’en a simplement rien à faire.

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