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Funk 70’s (3/4), les années Soul Train : le Philly Sound, The O’Jays, The Bar-Kays, AWB…

Dossier réalisé par Leonard Silva & Elia Hoimian

 

Le son de Philadelphie, sur lequel se basaient, notamment, Barry White (pendant sa période Love Unlimited au milieu des 60’s et Giorgio Moroder — pour huiler sa « machine disco » de Munich —, dans les années 70, c’était l’art de concocter des mélodies et des arrangements orchestraux avec des grooves solides. En quelque sorte, approfondir la dimension « dance » du rhythm’n’blues forgé par l’équipe Stax Records.

 

Stax Records a été enterré un beau jour de 1976, lorsque CBS a com­pris qu’avec les Jacksons, Santana, The lsley Brothers…, elle pouvait vendre la musique noire à un marché blanc. Avec la mort de Stax Records (distribuée dans son ultime phase par CBS), Kenneth Gamble et Leon Huff se repositionnent, pour créer, en 1971, Philadelphia International Records (PIR), née des cendres de Gamble Records, label monté en 1967 par le sus-cité Kenneth Gamble, qui rêvait de faire, à l’image de Detroit (Motown), de Philadelphie la nouvelle Mecque de la musique africaine-américaine. Entouré d’une corporation de musiciens les MFSB (Mother Father Sister and Brother), Kenneth Gamble va définir un nouveau beat urbain inspiré par le gospel grâce à une élite d’artistes tels que Harold Melvin and The Blue Notes, The O’Jays (avec le chanteur Eddie Levert), The Three Degrees. « Love Is The Message », par MFSB, « Backstabbers » par The O’Jays, « When Will I See You Again » par The Three Degrees, « Do It Any Way You Wanna » par People’s Choice restent les grands hits de cette saga PIR, qui a révolutionné toute une approche de la black music, en associant les textures complexes d’un funk sophis­tiqué visant le dancefloor et le commentaire socio-politique à la Booker T. Washington. Toutefois, Philadelphia International Records ne résistera pas aux disputes entre Kenneth Gamble et Leon Huff qui, pendant une courte période, ne s’adresseront même plus la parole. En outre, Gamble sera condamné pour une « payola » (pots-de-vin donnés aux disc-jockeys pour passer un disque), une démarche à ne pas faire au regard du puritanisme de façade du show-biz à l’américaine.

 

Harold Melvin and the Blue Notes

Harold Melvin and the Blue Notes est une des grandes figures de la soul du début des années 60. Pur produit du circuit gospel de Philadelphie, avant d’opter pour des tonalités plus urbaines, Harold Melvin & the Blue Notes ont été refaçonnés par les deux gourous historiques du Philly Sound, Kenneth Gamble et Leon Huff, dont le label PIR a été aussi essentiel dans le tour qu’a amorcé la black american music dans les années 70 que le furent, à la fin des années 50, et au début des années 60, Stax et Tamla-Motown Records. Harold Melvin & the Blue Notes sont devenus, à l’instar des O’Jays, les colporteurs des classics soul tel que « If You Don’t Know Me By Now ». Vous êtes en présence d’un groupe qui a donné à la soul music, un de ses solistes les plus brillants : un certain Theodore qui deviendra, quelques années plus tard, Teddy « Mr Romance » Pendergrass.

 

The O’Jays

Dans la même veine des fabuleux groupes vocaux de l’époque, qui ont donné à l’histoire de la musique afro-américaine des « protest songs » incisifs (cf « For The Money Of Love »), les O’Jays. Un quintet fondé à la fin des années 50 sous le nom des Mascots, qui mettra douze ans avant d’exploser, en 1972, avec Back Stabbers, l’album qui les révélera au grand public. En 1975, lors des enregistrements de Survival et Family Reunion (Sony Music), les O’Jays ne sont plus que trois, Bill Isles ayant quitté le groupe neuf ans auparavant suivi, quelques années plus tard, par Bobby Massey. Sous la coupe de Gambie & Huff, Eddie Levert, William Powel et Walter Williams nous livrent des albums de pur rhythm & blues de l’époque sur fond de revendication sociale (« Give The People What They Want ») et des ballades de tradition (« Break Us Up »). Deux ans après ces deux albums, en 1977, William Powell décédera. Il sera remplacé par Sammy Train…

 

The Bar-Kays

Deuxième groupe de musiciens de studio de la prestigieuse écurie Stax, les Bar-kays se composaient, à leurs débuts, de Ronnie Caldwell, Ben Cauley, Carl Cunningham, Phalin Jones et Jimmy King. Le premier coup d’éclat du groupe a pour titre « Soul Fingers », un puissant instrumental qui a fait carrière dans les charts américains et britanniques en 1967. Toutefois, leur succès sera de courte durée. Le 9 décembre 1967, l’avion qui les transportait, en compagnie de Otis Redding (dont ils étaient le « backing-band »), s’est écrasé dans le lac Monoma, aux envi­rons de Madison (capitale de l’Etat du Wisconsin). Seul Ben Cauley survivra à l’accident. Du fait que tous les espoirs de Stax réposaient sur Otis Redding, la force musicale de ce combo de rhythm’n’blues s’en trouvera amoindrie. En fait, avec les décès de Caldwell, Cunningham, Jones et King, c’est toute une génération de musiciens de Memphis qui disparaissait. Formé dans les années 70, le nouvel ensemble qui a conservé le nom The Bar-kays, signe avec le label Mercury de Phonogram en 1977, et se classe dans les charts américains et anglais avec le « smash-hit » « Shake Your Rump To The funk » qui, mal­gré tout, était encore loin du potentiel révélé initialement par le groupe. Huit ans après seulement,ils ont eu leur nouveau moment de gloire avec le tube « Sexomatic ». The Bar-Kays sont devenus une redoutable machine de « funky-beat » incarnant plus que jamais l’esprit « dance-floor ». Aujourd’hui, on peut les écou­ter surtout dans le « club-circuit », à la fois aux USA et en Europe.

Quelques repères discographiques : Propositions (1983 Mercury), Dangerous (1984 Mercury), Banging The Wall (1985 Mercury) et Money Talks (1990 Stax-réédition).

 

Average White Band

Groupe de soul/funk, formé en 1972 par des musiciens écos­sais, autour d’une idée obsédante : la musique noire. De la for­mation originale faisaient partie Alan Gorrie (basse et chant), Onnie Mc Intyre (guitare), Robbie Mclntosh (batterie: décédé le 23 septembre 1974 à Los Angeles suite à une overdose), Roger Bail (sax,claviers), Malcom « Molly” Duncan (sax) et Mike Rosen (guitare, trompette). Bail, Duncan et Rosen officiaient en tant que “session-men” dans les studios de Grande-Bretagne sous le nom de Dundee Horns, avant d’intégrer le Average White Band. Lorsque Mike Rosen abandonna le groupe, il fut remplacé par Hamish Stuart (à présent guitariste de Paul Mc Cartney). Ce collectif de « White negroes” a été révélé au monde à l’occasion du « comeback” du bluesman Eric Clapton, en janvier 1973, dans le Rainbow Theatre de Londres. Leur premier album, Show Your Hand (1973 MCA) a été un fiasco cuisant. Le groupe signe­ra postérieurement un contrat avec Atlantic, où le légendaire producteur Arif Mardin les prend en charge pour l’album AWB 74, un des meilleurs du groupe. Suite à cet enregistrement, Robbie Mclntosh décède. Il sera remplacé par Steve Ferrone (ironiquement un “Black British », ex-Brian Auger Oblivion Express). Ferrone, prolifique à la fois dans la batterie et dans l’écriture, co-signera « Fell no Fret » et « Atlantique Avenue” (Feel No Fret 1979 RCA), deux grands “hits » après la fin de leur colla­boration avec Arif Mardin en 1978. Avant il y a eu Benny and Us en 1977, un album sans éclat avec l’ex-Drifter Ben E.King, L’album Shine, 1980, avec le hit single « Let’s Go Around Again”, sonne comme le tour de force d’un groupe qui, après cela, a cessé d’intéresser les fans « hardcore-soul-funk”. Roger Bail et Malcom Duncan reviennent à leur travail de studio en tant que Dundee Florns. En 1985, Alan Gorrie enregistre Sleepless Nights, son premier album solo, qui sonna définitivement le glas du groupe, malgré une récente tentative de re-formation. Une sorte de cul-de-sac musical poussa chaque membre à s’orienter vers d’autres horizons. Reste que Alan Gorrie est devenu le “white negro” à la voix la plus “soulful” de tous les temps, et “pick up the pièces” (un instrumental inclus dans Average White Band 1974 Atlantic), un morceau de l’anthologie funk.

 

The Ohio Players

Tha Ohio Untouchables, voilà un nom à la mesure de leur légende. C’était à Dayton en 1959 (un an après la naissance d’un certain « Prince” Roger Nelson) que l’idée devenue plus tard The Ohio Players, a pris forme. Les musiciens se sont suc­cédés au sein de ces Ohio Untouchables. En 1962, ils partici­pent à “I Found Love”, le hit des Falcons qui leur procurera par la suite un contrat de musiciens de studio, avec le label Compass Records. Leur passage à Compass leur ouvre les portes de Capitol. Malheureusement, Observations In Time, un album qui s’est avéré être un échec commercial, mettra fin à leur contrat avec Capitol.

En 1971, afin de créer un esprit musical mieux défini, le groupe décide de stabiliser ses membres. Leroy “Sugar ffot” Bonner (guitare et chant), Billy Beck (claviers), Clarence Satchell (sax et flûte), Marvin « Merv » Pierce (trompette), Ralph “Pee Wee” Middlebrooks (trompette), Marshall Jones (basse) et Jimmy “ Diamonds” Williams (batterie, percussions) deviennent ainsi le noyau dur d’un groupe qui va évoluer vers un funk provocateur. Séduit par leur démarche avant-gardiste, le label de Detroit Wesbound leur signe un contrat, duquel résultera l’album Pain (1972) qui leur assure définitivement la reconnaissance du cir­cuit funk. Suivront ensuite Pleasure dont la pochette avaient des connotations “sex”, et Ecstasy, d’autres albums sur Wesbound.

En 1974, nouveau contrat, avec Mercury qui va déboucher sur un ensemble d’albums à grand succès commercial : Skintight (1974), Honey (1975) et Contradition (1976). Nettement moins populaires que leurs compères de la Funkadelic Nation de George Clinton, en dehors des States, les Ohio Players ne résisteront pas à la vague disco qui prit d’assaut leur pays et l’Europe. Ils continuent néanmoins d’enregistrer au delà de 1976, mais sans grandes retombées commerciales. Leur funk sophistiqué perdra de sa verve tout au long des albums tels que Tenderness (1981, Epie) et Graduation (1985, Air City). Depuis, les membres s’intéressent aux oeuvres sociales de leur ville de Dayton, et ne se retrouvent que très rarement en studio.

 

Earth Wind & Fire

Outre les monuments de la soûl, la ville de Stax a également donné au funk l’un de ces groupes d’anthologie, sous l’impul­sion d’un homme : Maurice White. A Memphis, où il fait ses classes dans une chorale gospel avant de s’établir, au début des 60’s, à Chicago, Maurice White participe aux sessions du bluesman Willie Dixon, Etta James… et Curtis Mayfield. Rien que ça ! En 1971, de retour à Memphis, il formera, Salty Peppers (est-ce de là qu’a été tiré le nom du groupe de rap féministe Salt & Peppa ?), qui deviendra , en 1971, avec leur premier album éponyme…Earth Wind & Fire — le nom est tiré du signe astrologique de son créateur —, un groupe de onze membres, avec notamment Verdine, le frère de Maurice, Ralph Johnson (percussions), Andrew Woolfolk (saxophone)… et le chanteur Philip Bailey. L’annee suivante, The Need Of Love, leur deuxième opus, sort toujours chez Warner, qu’ils quitte­ront pour Columbia. Fin 1972, Last Days And Time, voit le jour. Et révèle une nouvelle dimension musicale du groupe, forte­ment influencé par les rythmes afro-cubains.

 

Lire aussi : l’interview de Earth, Wind & Fire

 

Le grand tournant de Ia carrière du groupe intervient en 1973-­1974 avec les albums Head For The Sky et Open Your Eyes, certi­fiés respectivement Or et Platine. Depuis, EW&F est devenue l’une des plus grosses machines à tubes de l’histoire du funk. Ce nom est devenu un standard du répertoire funk, collectionnant à chacune de ses sorties les lauriers. II est en effet pratiquement impossible d’écouter un disque d’EW&F sans un titre qui aura marqué une étape de l’histoire du funk. Ils domineront les charts américains pendant cinq bonnes années avec That’s The way Of The World (1974) — premier Grammy grâce a « Shining Star » —, puis Gratitude (1975) — le double-album live et ses classiques « Can’t Hide Love » et « Sing A Song » —, et Spirit (1976). La fin des 70’s ne sera qu’un re-make des années précédentes. D’abord All ‘N All (1977) et le fameux « Fantasy », / AM (1979) — le nom et Ia philosophie du groupe marseillais vient peut-être de Ià, car EW&F cultivait aussi le mythe égyptien, comme le mon­trait la pochette de leur album — avec The Emotions en guests vocalists.

Les années 80 verront Maurice White, progressivement intensi­fier son travail de production en même temps que les sorties de Raise, Faces, Powerlight et Electric Universe, Philip Bailey, lui, se lance dans une carrière solo couronnée par deux albums à succès : Chinese Wall (1985) et Triumph (1986). La même année, le groupe, un peu éparpillé, fait un come-back avec Touch The World, puis Heritage (1990). De retour chez Warner, ils nous livrent Millennium, leur dernier album qui puise dans le tamis de ces années 70, folles et créatives.

Lire la Suite : Funk 70’s (4/4) : Kool & The gang, Con Funk Shun, Cameo, James MTume

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