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Félicité Wassi : Une actrice en état de grâce ! (1997)

Par Elia Hoimian

 

De Rue princesse du regretté Henri Duparc (1941-2006) à Black Mic Mac en passant par La Haine de Mathieu Kassovitz et Cliente de Josiane Balasko, Félicité Wouassi poursuit, avec succès, son bonhomme de chemin dans un univers où peu de femmes noires sont présentes. Portrait d’une actrice aux talents multiples.

 

Félicité s’est très tôt intéressée au théâtre grâce à une mère passionnée.. Dès l’âge de 8 ans, elle fréquente régulièrement la salle de cinéma Abia de Yaoundé qui sert aussi de salle de représentations. C’est l’époque où explosent les jeunes auteurs camerounais. Parallèlement, elle suit des cours au centre culturel français et entre au conservatoire national des études littéraires après une faculté de lettres.

 

A 14 ans, elle travaille avec Jacques Lorcey. « J’ai eu beaucoup de chance certes, mais comme tout le monde, j’ai du me battre contre moi-même, maîtriser ma peur d’être en position d’infériorité et oser faire ce que j’avais envie de faire et surtout m’en donner les moyens.», explique-telle.

Une carrière vite commencée qui part sur des chapeaux de roues au théâtre où elle alterne les rôles : Le blues de Stagerlée de M. Césaire, Boris Godounov de L. Mad, Roméo et Juliette de D Maillefer et Les demoiselles de Rochechouart de C. Amaizo, elle fait un passage remarqué au cinéma avec Rue princesse, les deux versions de Black Mic Mac de Thomas Gilou aux côtés d’Isaac de Bankolé et de M. Pauly, Le cri du coeur d’Idrissa Ouédraogo… et à la télé (« La vierge noire », La nuit du flingueur, Pause café, Taxi) où sa vivacité d’esprit est un atout considérable.

 

Quant on sait ce milieu si fermé à l’émergence d’actrices et d’acteurs noirs – les cas de Sidiki Bakaba et Isaac de Bankolé en sont des exemples comme interpréter sur cette marche ascendante ?

 

« Le fait d’être noire m’a rendue plus exigeante vis-à-vis de moi-même… Malgré moi, ce que je fais entraîne toute ma communauté.(…)Souvent, on nous propose des rôles de prostituée, de bonniche, d’infirmier parce que c’est exotique. »

 

« Le fait d’être noire m’a rendue plus exigeante vis-à-vis de moi-même. Il est vrai que par rapport à mes collègues blanches qui ont aussi du talent, je suis quelque part lésée. Malgré moi, ce que je fais entraîne toute ma communauté. Donc, j’ai su très tôt que je n’étais pas seul. Alors, si je suis mauvaise dans un film ou une pièce, on ne dira pas que je suis mauvaise mais que les Noirs sont de  mauvais comédiens. C’est moins évident pour nous, on ne propose aux noir, arabe et asiatique que des rôles-clichés. »

Et pourtant Marie Annick, le personnage qu’elle incarne dans kinkali n’est pas loin de la femme de ménage. « A aucun moment, je ne suis traitée comme une femme de maison, la touriste qui figure dans la pièce fait les mêmes choses que moi : débarrasser et essuyer la table ; mais personne n’a dit qu’elle était femme de ménage ; je dirais que Marie Annick est bonne à tout donner, elle donne à boire à manger et fait l’amour quand on le lui demande. Les deux plus beaux compliments que j’ai reçus disent la même chose : Marie Annick, elle transpire l’amour par tous ses pores et c’est ce à quoi je voulais parvenir. »

Mais une actrice noire ne doit-elle jouer que des rôles inhérents à sa condition de femme noire ? « À mon avis, non si c’est un tabou, il a été transgressé à l’opéra (exemple de Barbara Hendrix), j’ai eu l’opportunité de montrer le contraire au cinéma dans Toujours seul ; au théâtre dans Boris Godounov, je jouais le rôle de la princesse Marina et une réplique de mon partenaire consistait à m’insulter en disant « Espèce de blonde orgueilleuse polonaise » et personne n’a ri ; ils ont tous oublié que j’étais noire. Dans Kinkali on a voulu être dignes : non à l’accent à couper au couteau et le plus gros travail pour moi se situait au niveau de la gestuelle. Souvent, on nous propose des rôles de prostituée, de bonniche, d’infirmier parce que c’est exotique. »

Consciente de son statut privilégié d’actrice, Félicité réaliste, ne veut pour autant pas souscrire à une mission. « J’ai avant tout, envie de bien faire mon travail et pour souci de ne pas porter préjudice à ma communauté. Je ne veux pas être un porte-drapeau. »

 

« Ceux du sud sont noirs comme l’eau de la rivière et naissent dans l’ombre de la forêt. Ceux du nord sont blancs comme le sable du désert et naissent sous la lumière du soleil. C’est ainsi, l’ombre et la lumière s’aiment comme le fruit du ciel alors il naîtra des arbres au milieu du désert et des plages de sable au milieu de la rivière. Si l’ombre et la lumière se querellent comme deux femmes jalouses alors les arbres sécheront sous le soleil et les plages de sable de noieront dans l’eau de la rivière. » Passage de Kinkali dit par sinon un vieil homme noir.

 

 

 

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