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mercredi, juin 20, 2018
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Elles ont fait les 90’s (Part.1) : les pionnières.

Par Olivier N’Guessan & Frédéric Messent

 

A l’instar de Queen Latifah — figure de proue de cette nouvelle génération — les femmes, autrefois reléguées au rang d’accompagnatrices de groupes mâles, prennent de plus en plus le micro pour s’affirmer et crier un mouve­ment. Celui de business women, telles MC Lyte, ou de formations exclusivement féminines — Salt ‘N Pepa depuis 1986, Zhané, Xscape — qui caracolent en tête des charts. Sans l’appui des hommes ? Pas toujours. Notamment dans le R&B, où ces nouvelles venues sont, dans la quasi-totalité, des produits de studio propulsés par des mentors installés : Da Brat et XScape par Jermaine Dupri ; Aaliyah, Changing Faces par R Kelly…

Pendant que ces dernières s’affirment, l’image des femmes dans les clips R&B et ragga n’est pas des plus reluisante…

 

It’s a girls’ world

 

La cote des filles à la bourse du rap est  en hausse. Elles sont de plus en nombreuses à vouloir s’imposer et changer les mentalités chez les hommes. Lorsqu’on sait que certains rappeurs récoltent des disques d’or ou de platine avec des titres qui racontent des exploits sexuels ou la vie dans le ghetto entourés de « bitches » ou « hoes »… Etrangement, c’est une femme, Sylvia Robinson, qui, grâce à son label, Sugarhill Records, lancera les premiers rappeurs comme Sugarhill Gang, Grandmaster Flash, Funky Fresh Four +1, etc.

Vers la fin des années 80 une multitude de rappeuses font leurs apparitions : Sparky-D, Antoinette, Ms Melody, Real Roxanne, Roxanne Chante, etc. La plus connue, Sweetee, aura un gros tube avec « I’ve Got The Feelin sur la base du « I Know You Got Soul » de Bobby Bird. Elle essaiera par la suite de se lancer dans la production (Poison Posse), sans véritable succès.

En France, B.Side connaîtra un certain succès avec le titre « Non, je dis non, je descends à Odéon », du temps des frères et sœurs de Sidney, Une française qui rappait sans complexe avec tous les grands de l’époque : Fab Five Freddy (Yo ! MTV Raps), Shango et Afrika Bambaataa et Grand Mixer DJT.

La plupart des filles de cette génération ont aujourd’hui disparu mais il reste quelques vétérans parmi elles.

Elles se sont faites remarquer

 

MC Lyte. Lana Moore alias MC Lyte. Originaire de Brooklyn, elle commence à rapper dès l’âge de 12 ans ; on la retrouve également à ses débuts sur « I Want You (Hand On Me) », un titre de Sinnead O’Connor. Elle est toujours dans le cir­cuit et bénéficie d’un grand respect de la part de nombreux rappeurs, et même au-delà, puisque Janet Jackson a fait appel à elle sur son simple. Elle a aujourd’hui sa propre boîte de management.

Salt ‘N Pepa. Elles débutent en 1986 avec l’album Hot, Cool and Vicious. Et totalisent plus de trois millions d’albums vendus. Elles estiment que le rap est pour tout le monde. Aujourd’hui avec des albums commerciaux, destinés à un large public, elles remplissent leurs comptes en banque.

Monie Love. L’Anglaise qui émigra en 1989 à New York, est membre du Native Tongue (De La Soul, A Tribe Called Quest, Queen Latifah et les Jungles Brothers). Elle poursuit une carrière solo, après nous avoir déçus avec ses deux albums (Down To Earth et In A Word or 2), plus pop que rap.

« Si je voulais me faire du fric, je me mettrais en mini-jupe et je bougerais mon cul (…). C’est facile de faire du fric en Amérique avec du sexe, de la drogue et de la violence » Sister Souljah

 

Les 90’s

Le début des 90’s voit l’arrivée de nombreuses rappeuses qui entendent rivaliser sérieusement avec les hommes.

Yoyo. Originaire de South Central, Ice Cube l’intègre à son posse, The Lench mob et lui concocte son tube “You Can’t Play with Yoyo”. Après ce début de carrière pro, elle tente, aujourd’hui, une aventure sans son mentor…

Sister Souljah. Née Lisa Williamson, en 1964 dans le Bronx, est “la femme la plus en colère des Etats-Unis ». Elle devient porte-parole de Public Enemy suite au départ mouvementé de Professor Griff. Elle enregistre un album solo en 1992, 360 Degrees Of Power, qui s’avère être un échec commercial. Commentaire de l’intéressée : « Si je voulais me faire du fric, je me mettrais en mini-jupe et je bougerais mon cul (…). C’est facile de faire du fric en Amérique avec du sexe, de la drogue et de la violence ». Pour elle, on trouvé le terme « rap-activiste » car tout son passé indique que, plus qu’une rappeuse, elle est avant tout une activiste politique : elle a tourné dans les lycées et facs noirs pour porter la parole, celle du réveil des consciences. Elle dit qu’elle a avant tout un message à faire passer au peuple afro-américain, « surtout ceux qui écoutent plus les rappeurs que les hommes politiques ». Elle n’hésitera pas à critiquer ouvertement Bill Clinton sur sa politique… et les Noirs qui, selon elle, « sont prêts a mourir pour le drapeau américain, mais n’iraient pas jusqu’au bout pour défendre leurs droits ». Cet album sera le premier et le seul. Elle publiera, à partir de 1995, plusieurs livres dont le dernier,  MidnightA Moment of Silence, est sorti en 2015.

Nikki-D. Première rappeuse de Def Jam, c’est néanmoins une vielle routière du milieu. De grands noms comme Large Professor, The Bomb Squad, etc. ont officié à la production de son premier album éponyme dont est issu « Daddy’s Little Girl », sur la base du remix de « Tom’s Diner » de Suzanne Vega. Un album qui n’a obtenu qu’un succès d’estime.

Boss. Les gangsta girls, un duo de L.A. et Detroit, composé de Lichelle « Boss » Laws et d’Irène Moore. Elles n’hésitent pas à appeler une « bitch » une « bitch ». On en aura la preuve avec « My Sister Is A Bitch » sur leur premier album Born Gangstaz, que le public a plébiscité.

 

Abonnées absentes

 

Dans, le même temps, de nombreux groupes ou artistes ont disparu, Tairrie B. Harmony,  qui a fait un duo avec Saliha, la francaise sur « Un momentt de gloire »), Miche’le, MC Trouble (décédée d’un cancer), JJ Fadd, Queen Mother Rage du Blackwatch Movement d’X-Clan, etc.,

 

L’usine à malice

 

Le préfabriqué, pour faire du tapage médiatique, obtient invariablement le bide musical et commercial. Exemples : The Getto Girls, Bitches With Attitude ou les Hoes With Attitude, groupes plutôt dégradants pour la gente féminine, n’apportant rien de concret pour aider au développement de l’image de la femme noire dans le rap.

Vive la nouvelle génération !

 

La dernière génération de rappeuses, est certai­nement la plus importante. Des filles qui ont tout à prouver et entendent rivaliser sérieuse­ment avec certains males : Lady Of Rage pro­duite par Dr Dre qui la lancera dans le grand bain ; Hurricane G,la cousine de Redman.  Et aussi Leshaun (la voix et l’image sexy du clip « Doin’ It » de LL Cool J), Smooth, Simple E, NefertitiShello, Bonnie ‘N’ Clyde (qui ne percent pas malgré l’aide de Terminator X), Bigga Sisters du Flavor Unit, Champ MC, Conscious Daughters.

Da Brat (« la salle gosse), née Shawntae Harris est la version féminine de Snoop Doggy Doggy. Originaire de Chicago, elle est repérée en 1992 lors d’un concert de Kriss Kross par son producteur Jermaine Dupri. Premier album et premier succès, Funkdafied (1994) sera certifié platine.

Nefertiti. Elevée par des parents adeptes de la Nation Of Islam, elle est née à Chicago et a grandi à Los Angeles. produit par DJ Pooh et Guru donc des sons de DJ Premier, son seul album L.I.F.E. (Living in Fear of Extinction/Vivre dans la peur de l’extinction) a eu un succès d’estime. C’est une activiste politique et membre de la Nation.

Le ragga, à la rescousse

Le ragga vient à la rescousse du hip-hop. Celle qui porte désormais le flambeau est sans contexte Patra qui cultive, avec succès, cette image de sex-symbol du genre. genre. Diana King, qui participe à de nombreux duos avec des rappeurs, est également à suivre de près. Lady Levy sera la pre­miere signature de Funki Dreds,le label de Jazzie B, pre­sente sur les albums de Dr Dre (The Chronic) et Warren G.

 

Et les Françaises ?

En France, le pays ou déjà faire du rap pour les hommes est un périple difficile, les filles disposent encore de peu de reconnaissance, mais quelques noms sortent du lot : B Love, Ia rappeuse militante féministe ; Saliha Ia « beurette » qui attend son heure de gloire ; E-Komba, Ia zaïroise qui rappe en anglais ; Melaaz, I’ex-membre du 501 de MC Solaar, et Sté (voir P. 29) de la Mafia Underground. Toutefois, il reste de nom­breuses rappeuses underground qui ont tout à prouver. Les groupes de danse composés de filles obtiennent de beaux succès lors de leurs représentations (Sensitive, Histoires d’elles….)

N’Guessan Olivier

Queen Latifah, le symbole

Dana Owens, plus connue sous le nom de Queen Latifah, la Reine du hip-hop. La deuxième femme, après Sylvia Robinson, issue du milieu, a posséder son business. L’ensemble de son œuvre à ce jour et la réussite avec laquelle elle mène sa carrière en ont fait rune des figures emblématiques du showbiz US, bien au-delà du simple monde du hip-hop.

L’aura de Queen Latifah brille sans discontinuer depuis ses débuts, il y a cinq ans. Mais, plus encore, ce qui Ia distingue de ses pairs, c’est son incroyable capacité à relever plusieurs défis de front, avec une réussite égale, quel que soit le domaine dans lequel elle a décidé de s’exprimer.

Côté disques, Queen Latifah est la présidente et co-fondatrice — avec son propre manager, Sha Kim — de Flavor Unit Management Company, une société qui ne veille pas seulement au développement de sa carrière mais à qui l’on doit aussi les débuts de Naughty By Nature, Jamie Foxx, sans oublier ceux, tonitruants, de Zhané via « Hey Mr DJ » qui figu­rait sur la compilation Roll With tha Flava, il y a deux ans. Unc entrepri­se qui a, en outre, veillé aux termes du contrat qui a vu la signature de Miss Owens chez Motown.

Par ailleurs, ses participations à de nombreux tournages de films et séries-TV, parmi lesquelles The Fresh Prince Of Bel Air avec Will Smith —, et Living Single dont elle est occu­pe le rôle principal pour la seconde saison consécutive cette année….

A peine 23 ans et Dana Owens incarne Ia « sister » immanquable­ment citée en référence par (‘ensemble de la communauté noire américaine ; deux fois nominée aux Grammy Awards, dans Ia catégorie rap pour ses deux premiers albums : All Hail The Queen et Nature Of A Sista.

Ses participations remarquées au cinéma (House Party 2, Juice, Jungle Fever), expliquent Ia rigueur à laquelle elle s’oblige dans le choix de ses divers rôles, qui se doivent d’être «  en rapport avec l’image qu’elle tient à donner d’elle-même ».

FM

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