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lundi, juillet 23, 2018
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Eddie Murphy, l’inconnu

Propos recueillis par Guillaume Flavian

Axel Foley, le flic rusé et cool revient une fois de plus avec le troisième épisode du Flic de Beverly  Hills. A l’occasion de la sortie de ce film, Eddy Murphy est passé par Paris. Nous y étions. Il dévoile ses débuts, sa vision du cinéma à Hollywood.

 

Black News : Vous  avez récemment dit que  vous ne  vous voyez pas uniquement comne un acteur…

Eddy Murphy : Effectivement, je me considère  plutôt comme un artiste. J’ai une double carrière : je chante (trois albums à son actif et un  GrammAward en 198pour So Happy. Ndlr}. J’ai commencé comme  imitateur. Il est rare de trouver à Holywood un bon comédien qui  ait d’autres talents. Cependant, être acteur est mon job préféré.

BN : Vous avez commencé comme imitateur ?

E.M. : Oui, mon père, que j’ai perdu à l’âge de huit ans, était policier, et amateur comique. J’ai grandi à Bushwick, long Island. A huit ans, j’étais fou de la télé. Tellement dingue que je pouvais citer tous les programmes et leurs heures de passages. Pour me punir, ma mère m’interdisait de la regarder, alors je me suis mis à imiter ceux que je voyais dans les émissions. A 15 ans, un proviseur de mon école, à Long Island, nous a demandés, un copain et moi, de jouer. Après des milliers de shows dans divers petits clubs de Long Island, un homme m’a remarqué. Il dirigeait un cabaret à Manhattan sur ce qu’on appelle le « Comic Strip » (le boule­vard des théâtres comiques). Là, ma carrière a reçu un réel coup de pouce. A cette époque, il y avait très peu de comédiens de théâtre noirs respectés à New York ; des gens comme Charlie Barnett ou Keenen n’étaient que des comédiens de « boulevards ». Je veux dire par là qu’à ce moment là, j’étais vraiment le seul Noir engagé dans un « club »,  un véritable café-théâtre  respecté. Puis, j’ai  fait Saturday Night Live où j’étais aux côtés des plus grands noms : de Rlchard Pryor à Steve Martin … Un jour, j’en ai eu marre parce que même si on me prenait dans l’émis­sion qui avait une des meilleurs audiences des USA,· je ne pouvais pas faire ce que je voulais. » Alors, j’ai commencé à écrire mes propres sketches. Je voulais ainsi  lutter contre les rôles anodins qu’on attribuait aux Noirs.

 

« Parfois, je m’érigeais en porte-parole de ma communauté,  mais beaucoup de Noirs  m’ont reproché  de dire ouvertement ce  qu’ils pen­saient tout bas ; j’ai été beaucoup critiqué. On me disait : mais qui es-tu,’toi, pour dire ces choses-là ? »

 

Parfois, je m’érigeais en porte-parole de ma communauté,  mais beaucoup de Noirs  m’ont reproché  de dire ouvertement ce  qu’ils pen­saient tout bas ; j’ai  été beaucoup  critiqué.  On me disait : mais qui es-tu, ‘toi,  pour dire ces choses-là? Tout ça m’a tout de même amené à jouer dans 48 heures, mon premier film, avec Nick Nolte.

A 24 ans, j’ai fait le premier Flic de Beverly Hills qui a eu le succès que l’on sait. Tout le monde disait alors : mais qui est ce phénomène? J’ai alors compris que j’étais arrivé.

BN : Et au sujet de votre dernier film ?

E.M. : Ce  film est certainement meilleur que le n°2 qui a tout de même fait trois cents millions de dollars. Le caractère d’Axel Foley y est aussi différent parce que le personnage est réellement plus mature, il n’est plus ce flic nerveux aux rires énormes. Cette fois-ci, les cascades sont d’autant plus surprenantes que c’est moi qui les ai faites; il y a peu de trucages, juste si mois de gym à plein temps et de préparations intensives.

BN : Est-il vrai  que vous vous êtes fait «engueuler» par’ l’organisateur des  Oscars parce que vous aviez fait remarquer l’absence de  Noir(e)s parmi les nominé(e)s ?

E.M. : Absolument. Dans les années 70, lorsque vous aviez les premiers films noirs, ce n’était pas eux qui les faisaient, ils y jouaient, c’était tout. C’est la première fois depuis bien longtemps qu’on peut voir des acteurs, des directeurs et des scénarlstes noirs ; pour la plupart, beaucoup de – jeunes et de nouveaux talents.

« Si dans les années 70, des grands acteurs tel Richard Pryor commençaient à avoir une réputation certaine, ils étaient manipulés par toute une structure qui les empêchait de réellement s’exprimer. A cette époque, les Noirs jouaient  dans des films bourgeois de Blancs. »

 

Il y a encore beaucoup à faire aujourd’hui, même après les succès  de réalisateurs  comme Spike Lee, John Singleton ou encore les frères Hugues. Si dans les années 70, des grands acteurs tel Richard Pryor commençaient à avoir une réputation certaine, ils étaient manipulés par toute une structure qui les empêchait de réellement s’exprimer. A cette époque, les Noirs jouaient  dans des films bourgeois de Blancs. Ces derniers réalisaient des films qui offraient des images bien loin de la réalité quotidienne noire, des images qui offraient au public ce qu’il aimait et avait envie de voir chez les Noirs. Les majors qui ont du culot acceptent aujourd’hui de médiatiser ce qu’avant,  les  gens refusaient de voir comme une vérité portée à l’écran. Le succès remporté par les films sur les ghettos noirs étaient impensables, il y a encore huit ou dix ans.

« Sans les luttes perpétuelles de gens comme moi, Whoopi Goldberg ou Gregory Hines, des films comme celui des frères Hugues n’auraient probablement jamais vu le jour. »

 

Même si maintenant Lee  ou  Singleton  peuvent s’exprimer et si un réel boom se fait sentir, les jeunes talents noirs n’ont pas la tâche facile lorsqu’il s’agit de vendre leurs scénarios. Heureusement,  l’ouverture se fait de plus en plus ; les producteurs,  ayant peur de s’investir dans des films dont ils ne sont  pas sûrs du  succès,  c’est donc à  nous de leur montrer nos réelles capacités. Et leur démontrer ainsi  leur erreur, en  ce qui concerne la qualité  de nos films.

Depuis maintenant dix ans, se sont  ouverts à Los Angeles les Image Awards organisés par la N.A.A.C.P. (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), un tel événement aurait  été impensable avant.  Ce  prix donne l’espoir aujourd’hui à tout une future génération de créateurs noirs venus d’horizons divers :  lit­térature, cinéma et  musique. Il les récompense pour leur talent et tout le travail qu’ils ont fourni pour la reconnaissance de leurs frères  et sœurs.

Il  faut donner un espoir au jeune public noir afin qu’il ait, lui aussi, celui de pouvoir réussir, et sortir de l’environnement meurtrier dans lequel il vit.

C’est  pour cela que lors de la présentation des Oscars en 1988,  je me suis permis de faire remarquer l’absence de Noirs parmi les nominés. Si  aujourd’hui,  tout le monde affirme ses bonnes intentions envers la communauté noire aux Etats-Unis, peu nombreux sont ceux qui s’investissent pleinement dans  cette aventure.

BN : Lorsque vous parlez de Spike Lee  ou  de Singleton., vous me  surprenez. Car  le genre de films dans lesquels vous jouez ont  très peu de choses à voir avec  les  leurs…

E.M. : C’est vrai, mais je contribue largement  à leur succès ; une  partie de mes  revenus est distribuée à différents organismes qui s’attaquent au développement de  la communauté noire. Sans les luttes perpétuelles de gens comme moi, Whoopi Goldberg ou Gregory Hines, des films comme celui des frères Hugues n’auraient probablement jamais vu le jour.

Mes films sont peut-être des comédies légères, mais ils permettent à toute une culture noire de s’exprimer. Et, lors d’une émission que j’anime sur l’une des principales chaînes américaines, je reçois de jeunes talents qui servent d’exemples à toute une population. Tout comme Whoopi qui a, elle aussi, son propre talk-show.

 

BN : Des projets ?

E.M. : Oui, un remake du  Docteur Jerry et Mr  Hyde de Jerry Lewis, fait en 1963.

 Le flic  de  Beverly Hifis 3,  le  17 août dans  vos salles.

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