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mercredi, juin 20, 2018
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Earth, Wind & Fire : la légende funky…

Propos recueillis par Leonard Silva

Hommage à Maurice White, le fondateur du groupe, décédé le 4 février 2016, à l’âge de 74 ans.

 

Les frères Maurice et Verdine White et Philip Bailey et leurs comparses de Earth Wind & Fire, l’un des plus grands groupes de l’histoire du funk, faisaient un retour après une longue, très longue absence… Nous les avions rencontrés à l’occasion de Millenium, leur 16e album…

 

Millenium marque un nouveau départ dans l’existence d’Earth Wind  & Fire,  groupe mythique de la soul/funk, né au debut des années 70. Il est vrai que vingt ans de présence quasi continue ont de quoi laisser quelques traces dans le processus de créativité de n’importe quel groupe. EW&F n’y a pas échappé, avec le décevant Heritage, son dernier opus sorti chez Columbia, en 1990, malgré la présence de Sly Stone et Hammer en guests de luxe. Un flop commercial qui aboutira à un changement de label, et à la sortie de ce nouvel album, lequel marque son retour chez Warner, après vingt-trois ans d’éloignement. Un événement suffisant en soi pour justifier une entrevue avec ce qu’il faut considerer comme l’un des Fab-3 – avec Kool & The Gang et The Commodores – du  funk.

Nous  avons  rencontré la pierre triangulaire de la formation en  pleine tournée promotionnelle  (les frères White, Maurice et Verdine, ainsi que Philip Bailey),  peu avant leur départ pour Milan.

 

Maurice White, fondateur du groupe, décédé le 4 février 2016, à 74 ans.

Black News : Millenium est-il une réflexion sur l’avenir du monde, ou le point de passage vers une nouvelle étape dans la carriere du groupe ?

Maurice White: Nous avons choisi ce titre, car on s’achemi­ne vers le début d’un nouveau millenaire, cela signifie la défi­nition d’un nouvel espace.

BN : Nous sommes face à un album à la fois plus mélodieux et plus teinté de soul que vos productions précédentes, plus rythmiques et incontestablement funk/rock…  Un retour à vos sources ?

Philip Bailey : Absolument ! Nous avons voulu revenir à ce classicisme musical qui porte notre griffe ; c’est-à-dire réaliser la synthèse d’un style soul/funk traditionnel en tenant compte de l’apport des nouvelles technologies. Les responsables de Warner nous ont d’ailleurs demandé de présenter un album dans ce sens … Nous avons connu une période intermédiaire au cours de laquelle nous avons exploré d’autres horizons, en vue de faire du mainstream ; cela, il faut bien l’avouer, aux dépends de notre public de base, qui attendait de nous que nous soyons tels que nous  somrnes… Cela nous a amenés à ce long processus d’écriture qui a précédé la sortie de Millenium. Ceci est notre musique véritable, et nous en sommes pleinement satisfaits.

Verdine White : La  nouvelle approche de Maurice à la production et celle de Philip, en tant que chanteur, ont contribué à refaconner notre musique. Ajoutons à cela le précieux concours de Sheldon Reynolds, qui n’est pas seulement le gui­ tariste du groupe, mais un élément déterminant dans l’architecture de nos  compositions, comme le prouve par exemple « Sunday  Morning ».

 

 » Le « kalimba » ? J’ai commencé à pratiquer cet  instrument à la fin des 60’s, et je n’ai cessé de l’intégrer dans notre musique depuis.  Il fait partie prenante de ma culture  ; c’est pourquoi j’ai donné  ce nom à ma maison de production. » Maurice White

 

BN : On  décèle deux clins d’oeil dans cet album :  « Kalimba Interlude »,  « Kalimba Blues », et « Kalimba Productions International » qui  signe la production de cet album. Que vous inspire le mot « kalimba »?

M. W. : Ma liaison avec cet instrument, apparu en Afrique de l’Est, il y a cinq siècles, date de la fin des années 60. J’ai commencé à pratiquer cet instrument à cette époque, et je n’ai cessé de l’intégrer dans notre musique depuis. Il fait partie prenante de ma culture ; raison pour laquelle j’ai donné ce nom à ma maison de production.

BN : Contrairement aux 60’s/70’s, la musique afro-américaine a tendance à éviter de plus en plus les questions sociales, au profit de themes d’amour. Une tendance affirmée dans le R&B, qui fait abstraction des problèmes actuels qui touchent la communauté afro-americaine ; laissant au rap, seul, le rôle d’activiste des consciences. Pourquoi une telle apathie consensuelle ?

M. W. : Il y a aux Etats-Unis, dans le reggae, et notarn­ment le  ragga, nombre d’artistes qui véhiculent des messages aux seules fins de provocation sexuelle. D’autres, dans la mouvance, qui aborderont des questions d’ordre social,  politique, économique, culturel ou politique : c’est le cas des rappeurs (et la soul dans tout cela, Mr White ??? Vous éludez  la question. Ndlr).

BN : Et la montée de la violence aux quatre coins  des Etats­ Unis,que l’on voit dans Menace II Society, le film des frères Hughes…

V.W: Malheureusernent, elle est devenue la culture de base des jeunes Noirs. Plusieurs raisons expliquent cet état de faits. Parmi elles, le manque de financement des programmes sociaux dans les zones urbaines. En outre, les jeunes Noirs d’aujourd’hui constituent en fait la pre­mière génération afro-américaine à avoir subi la surex­position de films dans lesquels violence et drogue sont glorifiées. Ces films ont, en quelque sorte, joué le rôle de détonateurs à l’égard d’une population  majoritairement exclue de toute participation à l’évolution  économique de la société américaine, d’ou la sortie de films comme New Jack City, Boyz’N’The Hood, etc.

BN : Vous avez plus de vingt ans de carrière. Quel est selon vous le statut actuel de la musique noire-américaine ? Et la reconnaissance qu’elle peut escompter ?

M. W. : Je pense que la musique noire-américaine est appellée à être de plus en plus respectée ; l’explosion du rap, qui a pris le devant de la scène releguant les autres genres au second plan, n’enlève rien à la reconnaissance de la musique afro­ américaine en générale. Exemple du jazz, qui revient en force … Même chose avec le rhythm’ and blues. J’espère que notre nouvel album va contribuer au développernent de la notoriété du rhythm’n blues, et montrer, de ce fait, le véritable potentiel de la musique afro-americaine …

 

« Les Noirs devraient faire un effort de concertation pour mieux se connaître et  ainsi, mieux se comprendre les uns les autres… A l’image des Italo-Américains, des Juifs et autres peuples, qui n’hésitent pas à s’identifier à leurs racines. » Philip Bailey

 

BN : Dans  votre  album  éponyme paru en  1985,   Maurice  White, vous  avez  dédié un  titre,  « Children Of Africa »,  à  l’Afrique. Quels sont vos rapports sur le plan  culturel avec  le Continent ?

M. W .: J’aurai toujours, quel que soit mon avenir, une rela­tion avec l’Afrique, puisque je lui dois mon héritage. Elle est ma vie. Je l’ai toujours considérée comme la terre natale de mes ancêtres. Même si le continent fait, aujourd’hui, face à une période difficile… Il y a des  guerres partout, mais cela ne m’empêche pas d’avoir l’espoir en des jours meilleurs pour l’Afrique…

P. B. : Les Noirs devraient faire un effort de concertation pour mieux se connaître et ainsi, mieux se comprendre les uns les autres… à l’image des Italo-Américains, des Juifs et autres peuples, qui n’hésitent pas à s’identifier à leurs racines. La situation des Noirs dans le monde se dégrade de plus en plus, du fait d’une rupture croissante entre Afro-Américains et Africains. Ainsi, Brian Gamble, qui présente les infos du petit matin à la télé – « The Morning Show » -, n’a présenté que très récemment un reportage sur l’Afrique. A ma connaissan­ce, il s’agit d’une première :  une télévision américaine qui per­met un reportage fait par un Afro-Americain sur l’Afrique… Il faudrait qu’une telle expérience se renouvelle plus souvent, pour que les Africains-Américains sachent d’où ils viennent et à quoi ressemble la terre de leurs ancêtres. Plus ces demiers apprendront sur l’Afrique, plus on pourra songer à un avenir meilleur pour les Noirs dans le monde …

Earth, Wind & Fire, Millenium (1993)

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