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Du roots au ragga (1995) : 2. La filière anglaise & Du live au digital

Dossier réalisé par Awal Mohamadou & Elia Hoimian

Après la Jamaïque, cap sur l’Angleterre, sur les traces des Djs et toasters.

La filière anglaise

Dans les années 70, l’Afrique noire, après avoir digéré les enseignements  de Marcus  Garvey,  pendant  la  lutte coloniale, accueillait, une fois de plus, le message de tous ses fils exilés. Tandis qu’en Europe, le reggae se résume essentiellement à Bob Marley. Et c’est là qu’interviennent les immigrés jamaïcains de la seconde génération. Depuis leur bastion de Birmingham, des groups comme Steel Pulse, Aswad qui ont vécu au rythme des sons de leurs aînés prennent le micro et nous délivrent un héritage mâtiné d’influence européenne, ou soul, comme Maxi Priest. La plus grande explosion de cette nouvelle tendance verra son apogée avec Eddy Grant qui, avec son mega hit “Do You Feel My Love”, et Musical Youth – une bande de gamins -, avec “Pass The Dutchie”, remettront le reggae dans les charts internationaux. Les majors sont déjà dans la danse. Et leur plus gros coup marketing demeure à ce jour Musical Youth qui, peu à peu, se fera oublié.

Black Slate qui avec “Boom Boom”, crèvera les sounds jamaïcains et anglais pour infiltrer les soirées africaines de Paris. Mais, c’est surtout UB 40, amoureux du roots qui fera découvrir à toutes les têtes blondes, les rythmes lents aux effluves rasta. Certains iront jusqu’à écrire que le “reggae blanc” était né. Comme si le reggae pouvait être blanc. Non pour des raisons de couleur, mais simplement pour le vécu, car comme disait Bob Marley,“Who Feels It Knows It”.

 

Sea, sex... and dollars

L’entrée des majors depuis ces dix dernières années a considérablement  modifié les  concepts.  Les vidéos des groupes étaient auparavant directement shootés sur scène, en  plein  concert. Certains se  souviennent peut-être d’images fortes  comme celle d’un Ras Noel & The  Sons Of Negus, torses nus, en train de frapper à s’en  briser les doigts sur  les  tambours pour leur faire cracher tout leur venin revendicatif… Ces images-là, le showbizz  les  a brouillées pour  faire   apparaître  d’autres, moins  « sauvages »,  plus cleans  de filles  à moitié  nues,  sur  les  plages de  Miami,   ou  de  la  Jamaïque.  Même Inner Circle, le grand groupe de Jacob Miller, n’y échappe pas. Mais comme ils  l’ont expliqué à Black News lors  de  leur demier passage à Paris : « Même   en  Jamaïque  ce  qui  marche, c’est les grosses  chaînes et  bagues en  or,  le  mythe de  la  voiture décapotable et  tout  ce  qui  a trait à la reussite. Qui est rasta aujourd’hui? ».  

Et pourtant sur scène, ils scandent un « Jah Rastafari » fumeux  devant un public extatique. De nos jours, l’hypocrisie n’a plus de limite ! Dommage que la génération clip ne soit pas de la trempe de leurs aînés  Big YouthMickey Dread, Yabbu  U,  plus conscients… L’espoir d’un renouvellement demeure  peut-être aux mains des Anglais qui, avec le Dub Poet Linton Kwesi Johnson, digne héritier d’Oku  Onuara, et dans l’écurie Ariwa de Mad  Professor (Macka B.,  Pato Banton, Thriller Jenna …), qui relève le flambeau du reggae en I’intégrant au ragga. Le message est ainsi intact, et l’honneur, sauf.

Elia Hoimian

 

Du live au digital

L’évolution technologique a modifié les données. Les anciennes sections rythmiques font place aux computers ; de froides machines qui  délivrent le riddim digital nécessaire aux nouvelles tendances voient le jour, tel le Fast Style anglais. Ils ont pour noms Tipa Irie, Smiley Culture, Daddy Freddy, Asher Senator, ils  gravitent autour de Saxon et  Coxsonne, deux gros sound systems londoniens. Ces jeunes DJ’s correspondent au  style des mid-eighties qui  volt  le  ragamuffin fusionner avec le  hip-hop. Mais que ce soit dans le ragga-hip-hop, le dancehall et ses dérivés plus ou moins hardcore, l’OPA des toasters sur la grande famille du reggae a quelque chose d’effrayant. Et si le reggae chanté est en perte de vitesse, le reggae roots a encore plus de mal  à lutter (il n’y a guère qu’en Europe continentale ou  il  résiste au  choc, mais notez que les groupes jamaïcains qui tournent ici sont d’anciennes formations). Le slackness a  désormais atteint son  paroxysme (cf “Boom Bye Bye » de Buju Banton où il est question de « descendre Les pédés« ), et le business se régale. C’est l’autre fait marquant de ces dernières années : l’entrée enjeu des majors companies ! ll y avail bien eu le contrat américain de Yellowman au milieu des 80’s, mais le mouvement n’était pas significatif. Aujourd’hui, les majors signent les yeux fermés, plus c’est slackness, mieux ça marche. Après Shabba Ranks, Super Cat, Tiger, Cobra, voilà Buju Banton, Cutty Ranks. Et demain ? La mort de Bob  Marley, en 1981, a marqué un  tournant dans l’évolution du  reggae, mais surtout, la dernière décennie a vu l’avènement du dancehall et la domination des Dj’s sur les chanteurs, en termes de popularité. Si le dancehall toasting est un prolongement logique du Dj Style des 70’s, il ne fonctionne pas sur le même  registre. Les textes des Dj’s sont moins axés sur les vieux thèmes rastas – obsession des roots, fixation sur l’Afrique, Hailé Sélassié -, le toasting a fondamentalement évolué, le riddim est affaire de computer. Le déclin du  rastafarisme en tant que sujet de lyrics, dans Le DJ style, a commencé au début des années 80 et coïncide avec la montée en puissance du slackness qui apparaît désormais comme une forme d’expression à part entière. De quoi s’agit-­il ? Essentiellement de sexe et d’argent, avec des points de fixation sur la violence armes. Les thèmes ne sont pas nouveaux, mais c’est leur mise en relation, en des termes souvent vulgaires,et le fait qu’ils constituent la majorité des sujets traités dans les lyrics au point de devenir une norme, qui en font un des facteurs déterminants du dancehall toasting. C’est donc au début des 80’s que le slackness commence son ascension, poussé par des dj’s tels que Ringo, Lone Ranger mais surtout Yellowman.

Awal Mohamadou

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