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samedi, octobre 20, 2018
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Du Roots au Ragga (1995) : 1. De la route des épices aux djs

Dossier réalisé par Awal Mohamadou & Elia Hoimian

De « musique de sauvages », le reggae a enfin acquis le statut qu’il a toujours revendiqué et qui lui revenait de droit, celui de média du tiers-monde. Celui de la photographie de la vie dans les ghettos jamaïcains, le manifeste contre l’oppression du Noir. Même si, son pendant, le dancehall, précisément le ragga prend parfois des allures d’entertainment indécent. Retour sur l’histoire fabuleuse du reggae.

La route des épices

En 1962, deux ans après la décolonisation négociée de l’Afrique noire, la Jamaïque était enfin libre ! Apres deux-cent-quatre-vingt-dix-sept ans d’esclavage et de colonisation anglaise. C’est en tout cas ce que croyalent ces fils d’Angola. Mais comme le dit à juste titre Malcolm X, « Lorsque /es colonisa teurs sont partis, ils ont cherché à lancer le ballon à celui qui avait les mains libres, celui qui n’avait pas participé à cette ignoble colonisation. Ils ont alors trouvé le grand frère américain, l’Oncle Sam ».

Si en Afrique, les hommes de mains occidentaux ont échoisis parmi !es élites des pays concernés, en Jamaïque, les adeptes de la supériorité raciale ont procédé autrement. En effet. lors de son départ, Sa majesté La Reine, a « oublié » derrière elle une classe bourgeoise qui, après des élections sanglantes, a pris les rênes du pays. Jusque là, rien de nouveau. IIs l’ont fait pendant tant d’années qu’il aurait é un crime de les priver de ce « droit divin ». Ainsi pendant dix ans, cette classe dirigeante avec à sa tête Edward Seaga, a permis a l’ Oncle Sam de mettre la main sur l’économie de l’Ile accroissant les privilèges des Blancs, pendant que les Noirs crevaient dans des ghettos qui s’érigeaient en institution. Les ressources minières comme la bauxite étalent l’affaire des grosses compagnies et des capitaux américains.

L’année 1972 marquera la rupture avec le pouvoir amérlcaln par procuration d’Edward Seaga. Michael Manley, le socialiste fait alors son entrée en scène. Bien qu’Il soil, lui aussi, issu de cette bourgeoisie, il a néanmoins pour idéal et ambition de briser ces chaînes irnpérialistes et de remettre la Jamaïque dans la main des Jamaïcains. La population, en attente dun changement radical de politique, et séduite par la vision socialiste et la lutte hérnente de Manley lui accorde sa confiance et lui offre le sge de Premier Ministre.

Un an après ces elections, elles aussi entachées de morts, sortait Catch A Fire, le premier concept-album de la Jamaïque. Un album incendiaire, contre l‘esctavage, la colonisation et la poudrière de l’époque. Une tendance qui va s’amplifier (les artistes mettront en exergue les tares de la soclété, la pauvreté de leur quotidien ; les textes sont pour l‘essentiel axés sur l‘état de délabrernent de l’Ile. Et pourtant, c’est sous le gouvernement socialiste que les plus grandes avancées sociales seront effectuées.

 

Le chemin des studios

Catch A Are, premier album professionnel, est conçu par un trio qui, à lui seul pourrait représenter la « carte philosophique » de la Jamaïque Peter Tosh (le rebelle), Bunny Livingston (le rasta), et Bob Marley (le visionnaire, moins réfractaire au marketing) -, sous l’impulsion de Chris Blackwell, le patron d’Island (première maison de disques à vocation internationale à s’intéresser au reggae), qui a contribué à l’essor du reggae dans le monde. Un album qui marquait la premre empreinte de lile sur la carte musicale du monde. Car avant l’entrée de Chris Blackwell, l’industrie discographique de la Jarnaique était l’affaire de producteurs locaux : Leslie Kong, Duke Reid et Clement Dodd (fondateur de Coxsonne et Studio One) dont l‘asslstant, Lee Perry, sera quelques annees plus tard, le génie « Scratch » – qui se livraient une véritable guerre pour contrôler le marché local. Un peu plus lard, à la fin des 60’s, apparaît King Tubby, un ingénieur électronicien devenu un maître du dub, style dont Augustus Pablo fera son cheval de batail.

Depuis les années 40, l’ile a vécu au gré des modes musicales américaines que crachaient les sonos mobiles. Les sound systems étaient nés. Lorsque l’approvisionnement en musique noire américaine devint difficile, les Jamaïcains créèrent la leur, empreinte d’influence rhythm & blues, de calypso et autres héritages africains. En fait, le cursus musical de la Jamaïque se décrit en trois cycles de 3 ans. En 1962, le ska avec sa rythmique cadencée et son riff de guitare sec faisait son apparition. Des chanteurs comme Alton Ellis, Jimmy Cliff, les Skatalites (qui se sépareront en 1965, deux ans après leur création) et Marcia Griffiths (ancienne chanteuse de rhythm & blues américaine et future membre des I-Threes contribueront à marquer l’étape. Puis en 1965 (année de naissance des Heptones, de Dennis Alcapone et de lapparition discographique des Ethiopians, avec Bunny Wailer et Peter Tosh aux chœurs)

Bunny Wailer et Peter Tosh

Le Rock Steady, ralentissant la course effreénée du précédent, prend la releve. Toos & The Maytals, un groupe créé en 1963, done en pleine période Ska, revolutionne le son local avec « Do The Reggae« , un titre au rythme encore plus lent que le rock steady. Le reggae était né. Nous sommes en 1968 et les Tamlins et Abysslnians font également leur entrée en scène.

A l’époque, les musiciens étaient des denrées faciles qu’on pouvait se procurer à tous les coins de rues, prêts à enregistrer pour rien, pourvu que leurs noms soient inscrits sur une pochette de disque. Les producteurs, eux, se remplissaient les poches. Les droits d’auteurs, royalties ou autres titres du genre ne faisaient aucunement partie du vocabulaire local. Si la notion de groupe a plus tard fait son chemin dans le monde du reggae, à l’ère de lindustrie discographique naissante, chaque producteur avait sa propre section rythmique qui accompagnait les chanteurs. Le duo Sly Dunbar & Robbie Shakespear demeure encore aujourd’hui, la plus extraordinaire section rythmique du reggae.

La marche en avant

Les années 70 ont été particulièrement sanglantes en Jamaïque. Les capitaux étrangers qu’avait attirés le gouvernement prédent s’envolaient. L’Ile était aux abois. Le fosse creusait de plus en plus entre les riches et les pauvres. Une nouvelle race avait envahi !es rues : les gunmens. La guerre des gangs entre les hommes de mains des deux partis politiques faisait rage. La population était affamée. L’île était en état de siège. Des couvrefeux, en désespoir de cause, étaient décrétés, des barrages, dressés. Le gouvernement faisait la chasse aux pourvoyeurs et aux fumeurs de ganja. Donc aux rastas. C’est dans cette atmosphère sulfureuse que le reggae a pui toute son inspiration, pour nous offrir les plus beaux fleurons de son histoire. En 1975, Burning Spear nous livrait son message garveyien, Marcus Garvey ». Culture nous annoncera l’année de sa creation, 1977 (Two Seven Clash), comme celle de tous les « dangers ». Une croyance rasta selon laque!le la rencontre des deux 7 était un présage d’événements de première importance. Les années 70 auront été la décennie de la conscience ; de la dénonciation de l‘esclavage, de la colonisation, du pouvoir en place et de la cor ruption de Babylon ; des prophéties de Marcus Garvey, de l’uni africaine, de la rédemption de l’Homme noir, de la croyance en un dieu noir, Haile Selassie, annoncé en 1927 par Marcus Garvey. C’est dans ces années-là que tous les groupes qui font aujourd’hui les beaux jours des salles franc;aises ont commencé à connaître un succeès retentissant. Black Uhuru, Israel Vibration, Gladiators, Ras Michael &The Sons Of The Negus, Third World

Sly & Robbie avec Peter Tosh

Les djs entrent en scène

En même temps que le reggae roots se faisait une place dans le monde musical, ii se développait, parallèlement, dans les sounds systems une nouvelle race d’entertainers : les djs. Si la conception rasta est d’enselgner, d’informer, et parrots de réveiller la conscience des peuples, celle des Dj’s est de divertir les foules de plus en plus nombreuses dans ces soirées de délivrances de cauchemars de la vie quotidienne. C’est la naissance du DJ Style qui va se velopper et se décliner ensuite en slackness dans les années 80, pour devenir une partie du ragga et du dance hallI d’aujourd’hui.

Au début du mouvement, les dj’s comme Yellowman avaient pour cible la violence et le pouvoir polltique local. C’est par la suite que les sujets sexuels sont venus évacuer toute la rancoeur politique. Si U-Roy a été le premier chanteur à avoir du succès avec le toast, l’ancêtre du rap, le slackness, lui, a depuis fait son chemin et est devenu un style à part entière, comme nous l’affirme Black Dread, le manager de l’un des plus gros sounds londonnien : « « Depuis dix ans, le slackness prend des proportions incroyables, mais ce genre de lyrics a toujours existé en fait.. Je crois quand même que

ça s’est nettement démarqué des autres styles à partir de la fin des années 70, pour devenir un genre à part. Le slackness est aujourd’hui un style, en grande partie à cause du business. (ç:a rapporte de l‘argent, donc il lui fallait une identité. Ce n’est pas Yellowman qui est à forigine de cette identification du slackness, mais plutôt General Echo. Mais à l’époque,ili écrivait ce genre de lyrics uniquement pour le fun.Il n’y avait aucune prétention» 

Aujourd’hui, le slackness a une couleur beaucoup plus agressive, plus sexe, plus crue, et relaie le reggae conscient des Pablo Moses, I Jahman, et des crooners Gregory Isaacs, Dennis Brown, Freddie McGregor

Elia Hoimian

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