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dimanche, septembre 23, 2018
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Diane Reeves : La révélation ! (1998)

Par Léonard Silva / Photo : Vincent Serge.

La protégée de George Duke, propose un jazz où foisonnent maîtrise du rythme, spiritualité et jubilation corporelle. Plus qu’une chanteuse de jazz, Diane Reeves est à l’évidence, celle qui rétablit les liens émotionnels entre les racines africaines et son évolution américaine.

 

Black News Update : Votre volonté d’ouverture vient-elle du fait que vous ayez des expériences musicales diverses ?
Diane Reeves : Je ne crois pas aux catégories contre lesquelles je me suis toujours battue. Il est vrai que parfois les Africains-Américains ont ten­dance à croire que le jazz est le seul genre dans lequel ils puissent être reconnus en tant qu’ar­tistes à part entière, à cause du terme lui-même. Un point de vue que je ne partage pas. Bien sûr, le jazz est mon passeport vers d’autres genres, mais j’ai toujours été éclectique, j’ai été influen­cée par la soul des premières années de Tamla Motown et par toute cette musique à conscience politique de la période du mouvement pour les droits civiques.

BN U : II y a une forte influence africaine dans votre jeu vocal, compa­ré à ceux plus « for­mels » de vos aînées…
D.R. : J’appartiens à une autre génération et les gens ne connaissent pas tout ce que Sarah Vaughan, par exemple a fait. Elle a enregistré notamment trois albums au Brésil, où elle était très à l’aise avec cette musique. On pourrait dire autant de Carmen McCrae ou Dinah Washington qui ont enregistré des choses qui allaient bien au-delà d’un certain formalisme jazzy. Je pense qu’elles ont été avant tout le produit de leur époque, car elles ont insuf­flé l’esprit jazz dans des chansons populaires de leur période. Moi, je fais d’une certaine façon la même chose, mais avec l’esprit des 90’s… Et puis, j’ai commencé à chanter à une époque (les 70’s) où le jazz explosait avec toute sorte de fusions et des groupes comme Sergio Mendes, Tito Puentes Orchestra, Return To Forever, Weather Report, Mahavishnu Orchestra, Shaktl qui poussaient les limites du jazz. Toute cette période a été importante dans ma formation vocale.

« Je crois profondément qu’on ressemble à quelqu’un d’autre qui a existé avant nous, et que nous sommes imprégnés de sa spiritualité. (…)

 

Mes influences africaines viennent, naturellement, du fait que tous les rythmes et traditions africaines emmenées par les esclaves en Amériques (Nord et sud) sont devenus partie intégrante de la culture musicale des Etats-Unis. Et plus tard, quand j’ai commencé à écouter de la musique africaine, je me suis rendue compte des similitudes qu’il y a entre elles. Mais au-delà des ressemblances musicales, il y a aussi l’aspect spirituel. Moi, je crois profondément qu’on ressemble à quelqu’un d’autre qui a existé avant nous, et que nous sommes imprégnés de sa spiritualité. C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer car bien que mes racines soient africaines, je n’en ai pas la culture mais plutôt celle d’une Africaine-Américaine qui, comme mes compatriotes en général, cherche à savoir qui elle est. Donc au-delà de l’aspect purement musical, il y a une autre voix qui s’est développée en moi, sous la pression de cette quête d’identité et de ce besoin de savoir. Ma musique est donc la somme de tous ces éléments qui font partie de ma vie d’individu. C’est pour cela que les rythmes africains, brésiliens ou afro-cubains constituent mon uni­vers, car j’y trouve des éléments de mon ascendance auxquels me rac­crocher dans cette quête. Par exemple, « Fumilayo » est un mor­ceau rythmiquement influencé par Kassav, auquel j’ai greffé cette façon de chanter apprise au contact des Sud-Africains et le lan­gage qui ressort de ma vie spiri­tuelle avec les religions Yoruba.

« Je pense que le jazz, par sa nature de musique d’improvisation, est sans aucun doute un griot sans paroles, l’expression même de l’unité spirituelle. C’est une musique née de l’oppression et dans un contexte intellectuel si complexe, mais en même temps, il était la voix d’un peuple à qui on refusait le droit de s’exprimer. »

 

Lorsqu’on commence à s’intéresser aux racines de trois générations dans une famille, on finit par se demander quelles sont nos vraies origines. Il ne s’agit pas d’entretenir une vision romantique des choses, du style « on est peut-être des descendants de tel(le) roi ou reine », mais plutôt d’avoir conscience que si nos ancêtres n’avaient pas été des gens solides, peut-être qu’aujourd’hui, nous n’existerions pas. Je pense à tous les égards — peut-être que je me trompe —, que le jazz, par sa nature de musique d’improvisation, est sans aucun doute un griot sans paroles, l’expression même de l’unité spirituelle. Car c’est une musique née de l’oppression et dans un contexte intellectuel si complexe, mais en même temps, il était la voix d’un peuple à qui on refusait le droit de s’exprimer. C’est la raison pour laquelle des musiciens tels que Randy Weston, Greg Osby, Steve Coleman, se posent constamment des questions à travers leur musique. Qui suis-je ? D’où je viens ? Pourquoi ma musique sonne-t-elle comme ça ? Je me souviens que la première fois que j’ai écouté Salif Kéita, j’ai pleuré. Je ne comprenais pas ce qu’il racontait, mais j’ai eu le sentiment profond d’écouter quelque chose de familier. Et lorsqu’un ami m’a expliqué que Salif Kéita racontait des histoires dans la tradition des griots, cela a fortement changé mon approche de la musique. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à faire quelque chose que j’ai toujours voulu : écrire des his­toires. Art and Survival est l’album le plus influencé par Salif Kéita. Après l’avoir écouté, je me suis mise à écrire des textes et je suis entrée en studio où j’ai pratiquement improvisé toutes les mélodies parce que j’avais l’impression qu’il avait procédé ainsi…

Dianne Reeves New Morning Live (Blue Note).

Biographie

Diane Reeves naît en 1956 à Détroit (Michigan) et grandit à Denver (Colorado). Elle débute au début des 70’s dans le big band de son école. Elle est découverte par le légendaire trompettiste Clarck Terry à Chicago, avec qui elle chante tout en fréquentant l’Université du Colorado.
Elle s’installe à Los Angeles et débute sa carrière comme « session woman » et choriste pour notamment Lenny White, Stanley Turrentine, Alphonse Johnson, The Latin Ensemble et Caldera (combo dirigé par Eddie Del Barrio, son ami et collaborateur de longue date). Elle rencontre entre 1978 et 1981, Billy Childs avec lequel elle noue une relation artistique de dix ans, et Sergio Mendes avec qui elle tourne.
Premier album, Welcome To My Love, puis For Every Heart (1985, Polo Alto), deux albums réédités en 1996 par Blue Note sous le titre Dianne Reeves-The Palo Alto Sessions.
Entre 1983 et 1986, elle vit à New York, tourne avec Harry Belafonte, et retourne à Los Angeles. Elle enregistre ensuite Dianne Reeves (1987, Blue Note), puis Never Too Far (1989, EMI), I Remember (1991, Blue Note), Art And Survival (1994, EMI), Quiet After TheStorm (1995), The Grand Encountert (1996), New Morning Live et That Day, en 1997 pour Blue Note. LS

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