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jeudi, octobre 18, 2018
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Democrates D : La voie identitaire (1995)

Par Damien Conaré

 

Coup de tonnerre sur le rap français ! A l’heure où d’aucuns voudraient qu’ils se fondent dans un consensus mou, les Démocrates D se mettent «Dans la peau d’un Noir» pour nous offrir un rap identitaire, «orienté» diront certains esprits prudes. Rencontre avec Mickey Mossman…

 

Black Jack, figure de proue des Démocrates, retenu à Abidjan pour tracasseries administratives (le lot commun de nos compères désireux de réintégrer notre bonne « terre d’accueil »). c’est Mickey Mossman a.k.a Don Mos qui répond en solo. Seul, mais au nom d’un grou­pe noir, soudé, issu de la cité des Bosquets, celle de Montfermeil (93). Okital, JL, Général, Crysto, Madison, Black Jack, Mickey Mosman, ivoiriens, rwandais, zaïrois, centrafricains, tels se composent les Démocrates D. qui ont sorti début 95 La voie du peuple, leur premier album chez un grand label indépendant, WMD. Avant, il y avait eu « Censure », une cassette underground qui a fait date. C’était il y a trois-quatre ans et surtout, c’était une oeuvre noire, militante, comme un pavé dans la mare du paysage rap français plutôt consensuel à ce niveau…

Black News Magazine : Depuis la fameuse cassette « Censure », quels sont les faits marquants de l’évolution du groupe ?

Mickey Mossman : Je dirais que c’est d’abord la reconnaissance. Je pense qu’on est plus reconnus aujourd’hui. Bon, le fait de se retrouver sur un label ça change. Il y a plus de poids, plus de sérieux et plus de travail. Le fait d’avoir grandi aussi pen­dant cette période ça devient plus facile. Mais c’est pas fini, on a juste franchi une étape.

BNM : Le premier single de l’album, « Le crime », est assez particulier. Tu te mets dans la peau d’un tueur psychopathe. Que cherches-tu à faire passer ?

MM : Bon, faut déjà bien se mettre dans la tête que c’est du second degré. J’ai écrit ça plus comme un scénario. Je raconte pas ma vie ; c’est celle d’un personnage que j’ai inventé. Pour ça, je me suis inspiré des films que j’ai vus, de la violence qu’on voit au « 20H » et qui existe dans notre quotidien. C’est vrai que si je vivais au paradis, j’écrirais pas de trucs comme ça.

BNM : Votre album est produit par Jimmy Jay lequel produit également Solaar qui est plus grand public. Vous n’avez pas peur de perdre votre image de groupe radical en effectuant un tel rapprochement ?

MM : C’est vrai que jusque-là, les gens ont perçu notre musique comme étant radicale. Nous, on a fait notre truc dans l’esprit dans lequel on était. Les gens l’ont compris à leur manière. Peut être qu’aujourd’hui ils trouveront notre travail moins radical, mais il n’y a pas eu de changements : les personnes sont les mêmes, la vie qu’on mène est la même, donc par conséquent…

BNM : On a vu Solaar et IAM récompensés par une victoire de la musique,. Qu’est-ce que tu en penses ?

MM : C’est bien, c’est ce qu’il faut pour faire avancer les choses. C’est bon que le rap gagne aujourd’hui la reconnaissance du métier. Je pense que ça va contribuer à le crédibiliser aux yeux du grand public. C’est vrai que c’est motivant quand même surtout qu’en ce moment, je pense que le rap français évolue dans le bon sens.

 

«On avait des problèmes avec les médias vu qu’il n’y a pas de Blanc dans le groupe. On nous cataloguait donc comme un groupe raciste.» Mickey Mossman

 

BNM : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire des textes aussi engagés, dans les­quels vous clamez votre fierté d’être noir ?

MM : C’est vrai qu’avant, il n’existait pas en France pas ce genre de textes, d’attitude. Les Américains nous l’ont apporté, ça c’est sûr. Jusque là, on avait toujours chercher à masquer cette fierté, à dire qu’on était pas des Américains. Mais les Noirs sont les mêmes partout, on ressent et on vit des choses identiques. Tu sais, à l’époque, on avait des problèmes avec les médias vu qu’il n’y a pas de Blanc dans le groupe. On nous cataloguait donc comme un groupe raciste.

 

https://www.youtube.com/watch?v=ZFwM-GwDhbA

 

BNM Vous avez l’intention de promotionner votre musique en Afrique ?
MM : Non pas vraiment. On n’a jamais cherché à se prendre la tête la dessus. Pour la première cassette, on avait fait du «bouche à oreilles » pour être un peu connus mais on n’a pas essayé de vendre de disques là-bas. Surtout que le marché est un peu particulier. De toute façon, si on rentre là-bas, c’est pas pour une histoire de thunes. C’est plutôt un pèlerinage, comme un retour aux sources. C’est pas ce que je cherche pour le moment. Moi j’ai quitté l’Afrique il y a plus de vingt ans et je n’y suis jamais retourné. Donc le jour où j’y retournerai, j’essayerai de faire vraiment quelque chose, pas de vendre des cassettes. Il y a d’autres priorités.
BNM : Quels sont les projets des Démocrates ?
MM : Le single vient de sortir. On cherche à avoir des passages radio. C’est un peu le test pour savoir si ça peut vraiment marcher. On attend les échos en fait. Sinon pour tout ce qui est scène, il faut attendre Black Jack. On a aussi tourné un clip. On attend de voir ce que ça va donner.

BNM : Vous n’avez pas envie d’insérer des influences africaines dans votre musique ?      
MM :
Il y en a déjà. Le fait de faire une musique rythmique pour moi ça inspire l’Afrique. Tout ce qui est musique en Afrique à la base est rythmée et ensuite mélodieuse. C’est vrai qu’on aurait pu un album très hardcore mais les Africains n’écoutent pas ce genre de musique, ça fait bruit. Donc quelque part aussi en cherchant à ­temporiser, à rechercher la douceur dans la musique, pour moi c’est l’Afrique. Tu prends un groupe comme Positive Black Soul, par  exemple (groupe de rap sénégalais. Ndlr). mixent parfois de la kora dans leur production. Mais c’est normal comme démarche, vivent là-dedans à Dakar. Ils sont sur place, entendent ça tous les jours. Nous, sommes au Bosquets ; on ne baigne pas dans le son de la kora. Cela dit, le jour où on se retrouvera avec ce type d’ambiance, ça sera quelque chose d’intéressant à faire. Mais pour ça, il faut qu’on voyage plus pour arriver à faire cette fusion. Je ne veux pas m’amuser à mettre de la kora, pour mettre de la kora, pour dire : »voilà, ça y est, j’ai inventé un nouveau style de rap ». Le jour où je dois en mettre, c’est que Ia mélodie s’intégrera bien dans le morceau et que ça apportera quelque chose.

BNM : Tu te sens avant tout artiste ou africain ?

MM : C’est clair qu’avant tout quand j’écris, c’est en tant qu’être humain. Ensuite vient la revendication, la fierté de mes origines, du continent d’où je viens. Tu ne peux pas écrire seulement au nom d’une couleur ou d’une race. Il y a gens qui le font. Mais ça ne me semble très universel comme démarche.

 

Démocrates D. La voie du peuple (Jimmy Production/WMD).

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