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mercredi, juin 20, 2018
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Lady Dee Dee Bidgewater

Par Leonard Silva

La plus française des jazzwomen américaines occupe une place à part dans l’univers du jazz. Chanteuse, actrice, elle se sent à l’aise dans tous les registres, comme dans son dernier opus, un hommage à Ella…

Pour moi, Ella Fitzgerald reste la première Dame du jazz, ma toute première inspiration, et sans elle, peut-être qu’aujourd’hui, je ne serais pas là. » précise Dee Dee mais avoue avec une franchise déconcertante : « J’ai choisi des morceaux d’Ella non parce qu’ils convenaient à ma voix, mais parce qu’ils étaient les plus connus (…) Il faut dire que tout en respectant l’immense contribution d’Ella au vocal-jazz, je ne connaissais pas entièrement son œuvre. Ce n’est que quand j’ai décidé de lui rendre hommage que j’ai commencé vraiment à écouter sa musique. Mais au-delà de son talent musical, c’est elle-même et son existence qui m’ont toujours intéressée. D’autre part, le fait qu’à mes débuts, les gens autour de moi, me rappelaient souvent qu’à l’opposé de mes contemporaines qui possédaient des voix plutôt rhythm & blues, la mienne était jazzy, cela m’a rapprochée de ces chanteuses et notamment d’Ella et Sarah Vaughan. »
Si Dee Dee Bridgewater se joue des catégories et ne s’embarrasse pas des étiquettes imposées par l’industrie, cela tient à la personnalité de la chanteuse, dont les choix artistiques l’ont amenée à marier chant et comédie — elle a joué, de Broadway à Tokyo en passant par Londres, Paris et Los Angeles, dans des cornédies musicales telles The Wizz, The Sophisticated Ladies, Lady Day, Cabaret – ce qui donne une coloration particulière à sa technique vocale.
« Bien sûr, ce que je fais aujourd’hui est la somme de toutes mes expériences. Dans la vie courante, je suis quelqu’un d’extravertie, gaie et théâtrale… Sur scène, je le suis encore plus. C’est donc une attitude spontanée, et tout cela s’entend lorsque je chante. Le fait d’être également actrice fait que, peut-être, ma façon d’interpréter une chanson est plus dramatique que d’autres. J’essaie à chaque fois d’apporter une touche différente à mes morceaux. »

« La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. »

Longtemps vue comme une musique d’initiés, le jazz continue de souffrir d’une sorte de ghettoïsation intello contre laquelle le vocal-jazz apparaît comme le dernier rempart. La force des mots y est pour beaucoup, néanmoins, on est encore loin de la grande ouverture qui, selon Dee Dee, aurait pu braver les étiquettes. Le jazz, qu’il soit vocal ou instrumental, reste encore pour beaucoup de monde, et cela malgré sa présence dans presque toutes les musiques contemporaines, un langage musical quasi-indéchiffrable.
Frustrant, non ? « Pas du tout ! La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. En France, notamment, nous avons de plus en plus de mal à en trouver, mais ce n’est pas une particularité française, nous sommes partout confrontés au même problème. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’argent. Or le but de la plupart des radios, c’est de faire un maximum d’argent. Si nous prenons par exemple les radios grand public en France, il est bien difficile d’y écouter d’autres musiques que celles dictées par des raisons purement commerciales. En ce moment, c’est le format « boys’ band » qui prévaut ; les autres sont ignorés. Tous les nouveaux artistes qui font d’autres styles de musique, selon ces radios, ne correspondent pas à leur créneau. Tel est le cas de ma fille China, qui a bien du mal à faire passer sa musique à la radio. »
 » Enfin, c’est dommage qu’on en soit arrivé là en France, contrairement aux Etats-Unis, où on trouve toujours dans une ville ou un Etat une radio pour passer sa musique. Il est vrai que là-bas, elles ne sont pas éclectiques comme c’est le cas par exemple de FIP, mais nous avons 50 Etats donc… Mais, encore une fois, c’est dommage que la France, pays de la liberté et des Droits de l’Homme ne donne pas aux radios celle de choisir les musiques qu’elles ont envie de passer. D’ailleurs ce qui m’a décidée à m’installer en France, c’est le fait qu’en Europe, il y a cet éclectisme. Je suis en effet éclectique, je ne suis pas seulement une chanteuse de jazz, je peux aussi faire de la pop ou de la comédie », conclut Dee Dee Bridgewater.

Biographie
Dear Ella (1997), l’hommage de Dee Dee à la chanteuse décédée en 1996, est son troisième album pour Verve, et la suite de Love And Peace : A Tribute To Horace Silver (1994), également un hommage au pianiste funky, compositeur entre autres du séminal « Sang of My Father ». A l’instar de son aventure horacienne, Dee Dee a fait appel à une brochette de sommités parmi lesquelles des anciens partenaires de la « First Lady of Jazz » tels que le contrebassiste Ray Brown (qui fut le mari d’Ella) et bien sûr au batteur André Ceccarelli, solide compagnon de route de Dee Dee depuis une bonne dizaine d’années. Il ne s’agissait pas de restituer ici Ella Fitzgerald dans ses accents et inflexions.
« A-Tisket, A-Tasket » (originalement co-écrit par Ella et Al Feldman en 1938 et dédié à Chick Webb, dont l’orchestre a accueilli la prestigieuse dame du jazz) est une ouverture qui en dit long sur les options de Dee Dee. La théâtralisation de sa voix atteint des contrées nouvelles notamment en matière de « scatting », s’affranchissant en quelque sorte des étiquettes callées traditionnellement au vocal-jazz.

Par Leonard Silva
 
La plus française des jazzwomen américaines occupe une place à part dans l’univers du jazz. Chanteuse, actrice, elle se sent à l’aise dans tous les registres, comme dans son dernier opus, un hommage à Ella…

 

Black News_Vol3_N5

Pour moi, Ella Fitzgerald reste la première Dame du jazz, ma toute première inspiration, et sans elle, peut-être qu’aujourd’hui, je ne serais pas là. » précise Dee Dee mais avoue avec une franchise déconcertante : « J’ai choi­si des morceaux d’Ella non parce qu’ils conve­naient à ma voix, mais parce qu’ils étaient les plus connus (…) Il faut dire que tout en res­pectant l’immense contribution d’Ella au vocal-jazz, je ne connaissais pas entièrement son œuvre. Ce n’est que quand j’ai décidé de lui rendre hommage que j’ai commencé vrai­ment à écouter sa musique. Mais au-delà de son talent musical, c’est elle-même et son existence qui m’ont toujours intéressée. D’autre part, le fait qu’à mes débuts, les gens autour de moi, me rappelaient souvent qu’à l’opposé de mes contemporaines qui possé­daient des voix plutôt rhythm & blues, la mien­ne était jazzy, cela m’a rapprochée de ces chanteuses et notamment d’Ella et Sarah Vaughan. »

Si Dee Dee Bridgewater se joue des catégories et ne s’embarrasse pas des étiquettes impo­sées par l’industrie, cela tient à la personnalité de la chanteuse, dont les choix artistiques l’ont amenée à marier chant et comédie — elle a joué, de Broadway à Tokyo en passant par Londres, Paris et Los Angeles, dans des cornédies musicales telles The Wizz, The Sophisticated Ladies, Lady Day, Cabaret – ce qui donne une coloration particulière à sa technique vocale.
« Bien sûr, ce que je fais aujourd’hui est la somme de toutes mes expériences. Dans la vie courante, je suis quel­qu’un d’extravertie, gaie et théâtrale… Sur scène, je le suis encore plus. C’est donc une attitude spontanée, et tout cela s’entend lorsque je chante. Le fait d’être également actrice fait que, peut-être, ma façon d’inter­préter une chanson est plus dramatique que d’autres. J’essaie à chaque fois d’apporter une touche différente à mes morceaux. »

« La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. »

 

Longtemps vue comme une musique d’initiés, le jazz continue de souffrir d’une sorte de ghettoïsation intello contre laquelle le vocal-jazz apparaît comme le dernier rempart. La force des mots y est pour beaucoup, néan­moins, on est encore loin de la grande ouver­ture qui, selon Dee Dee, aurait pu braver les étiquettes. Le jazz, qu’il soit vocal ou instru­mental, reste encore pour beaucoup de monde, et cela malgré sa présence dans presque toutes les musiques contemporaines, un langage musical quasi-indéchiffrable.

Frustrant, non ? « Pas du tout ! La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. En France, notamment, nous avons de plus en plus de mal à en trouver, mais ce n’est pas une particularité française, nous sommes par­tout confrontés au même problème. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’argent. Or le but de la plupart des radios, c’est de faire un maxi­mum d’argent. Si nous prenons par exemple les radios grand public en France, il est bien difficile d’y écouter d’autres musiques que celles dictées par des raisons purement com­merciales. En ce moment, c’est le format « boys’ band » qui prévaut ; les autres sont ignorés. Tous les nouveaux artistes qui font d’autres styles de musique, selon ces radios, ne correspondent pas à leur créneau. Tel est le cas de ma fille China, qui a bien du mal à faire passer sa musique à la radio. »

 » Enfin, c’est dom­mage qu’on en soit arrivé là en France, contrairement aux Etats-Unis, où on trouve toujours dans une ville ou un Etat une radio pour passer sa musique. Il est vrai que là-bas, elles ne sont pas éclectiques comme c’est le cas par exemple de FIP, mais nous avons 50 Etats donc… Mais, encore une fois, c’est dom­mage que la France, pays de la liberté et des Droits de l’Homme ne donne pas aux radios celle de choisir les musiques qu’elles ont envie de passer. D’ailleurs ce qui m’a décidée à m’installer en France, c’est le fait qu’en Europe, il y a cet éclectisme. Je suis en effet éclectique, je ne suis pas seulement une chan­teuse de jazz, je peux aussi faire de la pop ou de la comédie », conclut Dee Dee Bridgewater.

Biographie

Dear Ella (1997), l’hommage de Dee Dee à la chanteuse décédée en 1996, est son troisième album pour Verve, et la suite de Love And Peace : A Tribute To Horace Silver (1994), également un hommage au pianiste funky, compositeur entre autres du séminal « Sang of My Father ». A l’instar de son aventure horacienne, Dee Dee a fait appel à une brochette de sommités parmi lesquelles des anciens partenaires de la « First Lady of Jazz » tels que le contrebassiste Ray Brown (qui fut le mari d’Ella) et bien sûr au batteur André Ceccarelli, solide compagnon de route de Dee Dee depuis une bonne dizaine d’années. Il ne s’agissait pas de restituer ici Ella Fitzgerald dans ses accents et inflexions.
« A-Tisket, A-Tasket » (originalement co-écrit par Ella et Al Feldman en 1938 et dédié à Chick Webb, dont l’orchestre a accueilli la prestigieuse dame du jazz) est une ouverture qui en dit long sur les options de Dee Dee. La théâtralisation de sa voix atteint des contrées nouvelles notamment en matière de « scatting », s’affranchissant en quelque sorte des étiquettes callées traditionnellement au vocal-jazz.

Par Leonard Silva

La plus française des jazzwomen américaines occupe une place à part dans l’univers du jazz. Chanteuse, actrice, elle se sent à l’aise dans tous les registres, comme dans son dernier opus, un hommage à Ella…

Pour moi, Ella Fitzgerald reste la première Dame du jazz, ma toute première inspiration, et sans elle, peut-être qu’aujourd’hui, je ne serais pas là. » précise Dee Dee mais avoue avec une franchise déconcertante : « J’ai choisi des morceaux d’Ella non parce qu’ils convenaient à ma voix, mais parce qu’ils étaient les plus connus (…) Il faut dire que tout en respectant l’immense contribution d’Ella au vocal-jazz, je ne connaissais pas entièrement son œuvre. Ce n’est que quand j’ai décidé de lui rendre hommage que j’ai commencé vraiment à écouter sa musique. Mais au-delà de son talent musical, c’est elle-même et son existence qui m’ont toujours intéressée. D’autre part, le fait qu’à mes débuts, les gens autour de moi, me rappelaient souvent qu’à l’opposé de mes contemporaines qui possédaient des voix plutôt rhythm & blues, la mienne était jazzy, cela m’a rapprochée de ces chanteuses et notamment d’Ella et Sarah Vaughan. »
Si Dee Dee Bridgewater se joue des catégories et ne s’embarrasse pas des étiquettes imposées par l’industrie, cela tient à la personnalité de la chanteuse, dont les choix artistiques l’ont amenée à marier chant et comédie — elle a joué, de Broadway à Tokyo en passant par Londres, Paris et Los Angeles, dans des cornédies musicales telles The Wizz, The Sophisticated Ladies, Lady Day, Cabaret – ce qui donne une coloration particulière à sa technique vocale.
« Bien sûr, ce que je fais aujourd’hui est la somme de toutes mes expériences. Dans la vie courante, je suis quelqu’un d’extravertie, gaie et théâtrale… Sur scène, je le suis encore plus. C’est donc une attitude spontanée, et tout cela s’entend lorsque je chante. Le fait d’être également actrice fait que, peut-être, ma façon d’interpréter une chanson est plus dramatique que d’autres. J’essaie à chaque fois d’apporter une touche différente à mes morceaux. »

« La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. »

Longtemps vue comme une musique d’initiés, le jazz continue de souffrir d’une sorte de ghettoïsation intello contre laquelle le vocal-jazz apparaît comme le dernier rempart. La force des mots y est pour beaucoup, néanmoins, on est encore loin de la grande ouverture qui, selon Dee Dee, aurait pu braver les étiquettes. Le jazz, qu’il soit vocal ou instrumental, reste encore pour beaucoup de monde, et cela malgré sa présence dans presque toutes les musiques contemporaines, un langage musical quasi-indéchiffrable.
Frustrant, non ? « Pas du tout ! La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. En France, notamment, nous avons de plus en plus de mal à en trouver, mais ce n’est pas une particularité française, nous sommes partout confrontés au même problème. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’argent. Or le but de la plupart des radios, c’est de faire un maximum d’argent. Si nous prenons par exemple les radios grand public en France, il est bien difficile d’y écouter d’autres musiques que celles dictées par des raisons purement commerciales. En ce moment, c’est le format « boys’ band » qui prévaut ; les autres sont ignorés. Tous les nouveaux artistes qui font d’autres styles de musique, selon ces radios, ne correspondent pas à leur créneau. Tel est le cas de ma fille China, qui a bien du mal à faire passer sa musique à la radio. »
 » Enfin, c’est dommage qu’on en soit arrivé là en France, contrairement aux Etats-Unis, où on trouve toujours dans une ville ou un Etat une radio pour passer sa musique. Il est vrai que là-bas, elles ne sont pas éclectiques comme c’est le cas par exemple de FIP, mais nous avons 50 Etats donc… Mais, encore une fois, c’est dommage que la France, pays de la liberté et des Droits de l’Homme ne donne pas aux radios celle de choisir les musiques qu’elles ont envie de passer. D’ailleurs ce qui m’a décidée à m’installer en France, c’est le fait qu’en Europe, il y a cet éclectisme. Je suis en effet éclectique, je ne suis pas seulement une chanteuse de jazz, je peux aussi faire de la pop ou de la comédie », conclut Dee Dee Bridgewater.

Biographie
Dear Ella (1997), l’hommage de Dee Dee à la chanteuse décédée en 1996, est son troisième album pour Verve, et la suite de Love And Peace : A Tribute To Horace Silver (1994), également un hommage au pianiste funky, compositeur entre autres du séminal « Sang of My Father ». A l’instar de son aventure horacienne, Dee Dee a fait appel à une brochette de sommités parmi lesquelles des anciens partenaires de la « First Lady of Jazz » tels que le contrebassiste Ray Brown (qui fut le mari d’Ella) et bien sûr au batteur André Ceccarelli, solide compagnon de route de Dee Dee depuis une bonne dizaine d’années. Il ne s’agissait pas de restituer ici Ella Fitzgerald dans ses accents et inflexions.
« A-Tisket, A-Tasket » (originalement co-écrit par Ella et Al Feldman en 1938 et dédié à Chick Webb, dont l’orchestre a accueilli la prestigieuse dame du jazz) est une ouverture qui en dit long sur les options de Dee Dee. La théâtralisation de sa voix atteint des contrées nouvelles notamment en matière de « scatting », s’affranchissant en quelque sorte des étiquettes callées traditionnellement au vocal-jazz.

Par Leonard Silva

La plus française des jazzwomen américaines occupe une place à part dans l’univers du jazz. Chanteuse, actrice, elle se sent à l’aise dans tous les registres, comme dans son dernier opus, un hommage à Ella…

Pour moi, Ella Fitzgerald reste la première Dame du jazz, ma toute première inspiration, et sans elle, peut-être qu’aujourd’hui, je ne serais pas là. » précise Dee Dee mais avoue avec une franchise déconcertante : « J’ai choisi des morceaux d’Ella non parce qu’ils convenaient à ma voix, mais parce qu’ils étaient les plus connus (…) Il faut dire que tout en respectant l’immense contribution d’Ella au vocal-jazz, je ne connaissais pas entièrement son œuvre. Ce n’est que quand j’ai décidé de lui rendre hommage que j’ai commencé vraiment à écouter sa musique. Mais au-delà de son talent musical, c’est elle-même et son existence qui m’ont toujours intéressée. D’autre part, le fait qu’à mes débuts, les gens autour de moi, me rappelaient souvent qu’à l’opposé de mes contemporaines qui possédaient des voix plutôt rhythm & blues, la mienne était jazzy, cela m’a rapprochée de ces chanteuses et notamment d’Ella et Sarah Vaughan. »
Si Dee Dee Bridgewater se joue des catégories et ne s’embarrasse pas des étiquettes imposées par l’industrie, cela tient à la personnalité de la chanteuse, dont les choix artistiques l’ont amenée à marier chant et comédie — elle a joué, de Broadway à Tokyo en passant par Londres, Paris et Los Angeles, dans des cornédies musicales telles The Wizz, The Sophisticated Ladies, Lady Day, Cabaret – ce qui donne une coloration particulière à sa technique vocale.
« Bien sûr, ce que je fais aujourd’hui est la somme de toutes mes expériences. Dans la vie courante, je suis quelqu’un d’extravertie, gaie et théâtrale… Sur scène, je le suis encore plus. C’est donc une attitude spontanée, et tout cela s’entend lorsque je chante. Le fait d’être également actrice fait que, peut-être, ma façon d’interpréter une chanson est plus dramatique que d’autres. J’essaie à chaque fois d’apporter une touche différente à mes morceaux. »

« La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. »

Longtemps vue comme une musique d’initiés, le jazz continue de souffrir d’une sorte de ghettoïsation intello contre laquelle le vocal-jazz apparaît comme le dernier rempart. La force des mots y est pour beaucoup, néanmoins, on est encore loin de la grande ouverture qui, selon Dee Dee, aurait pu braver les étiquettes. Le jazz, qu’il soit vocal ou instrumental, reste encore pour beaucoup de monde, et cela malgré sa présence dans presque toutes les musiques contemporaines, un langage musical quasi-indéchiffrable.
Frustrant, non ? « Pas du tout ! La réalité, c’est que le jazz en tant que forme musicale, est malmené partout dans le monde ; en France ou aux Etats-Unis, il y a de moins en moins de radios qui s’y intéressent et en diffusent. En France, notamment, nous avons de plus en plus de mal à en trouver, mais ce n’est pas une particularité française, nous sommes partout confrontés au même problème. Ce qui compte aujourd’hui, c’est l’argent. Or le but de la plupart des radios, c’est de faire un maximum d’argent. Si nous prenons par exemple les radios grand public en France, il est bien difficile d’y écouter d’autres musiques que celles dictées par des raisons purement commerciales. En ce moment, c’est le format « boys’ band » qui prévaut ; les autres sont ignorés. Tous les nouveaux artistes qui font d’autres styles de musique, selon ces radios, ne correspondent pas à leur créneau. Tel est le cas de ma fille China, qui a bien du mal à faire passer sa musique à la radio. »
 » Enfin, c’est dommage qu’on en soit arrivé là en France, contrairement aux Etats-Unis, où on trouve toujours dans une ville ou un Etat une radio pour passer sa musique. Il est vrai que là-bas, elles ne sont pas éclectiques comme c’est le cas par exemple de FIP, mais nous avons 50 Etats donc… Mais, encore une fois, c’est dommage que la France, pays de la liberté et des Droits de l’Homme ne donne pas aux radios celle de choisir les musiques qu’elles ont envie de passer. D’ailleurs ce qui m’a décidée à m’installer en France, c’est le fait qu’en Europe, il y a cet éclectisme. Je suis en effet éclectique, je ne suis pas seulement une chanteuse de jazz, je peux aussi faire de la pop ou de la comédie », conclut Dee Dee Bridgewater.

Biographie
Dear Ella (1997), l’hommage de Dee Dee à la chanteuse décédée en 1996, est son troisième album pour Verve, et la suite de Love And Peace : A Tribute To Horace Silver (1994), également un hommage au pianiste funky, compositeur entre autres du séminal « Sang of My Father ». A l’instar de son aventure horacienne, Dee Dee a fait appel à une brochette de sommités parmi lesquelles des anciens partenaires de la « First Lady of Jazz » tels que le contrebassiste Ray Brown (qui fut le mari d’Ella) et bien sûr au batteur André Ceccarelli, solide compagnon de route de Dee Dee depuis une bonne dizaine d’années. Il ne s’agissait pas de restituer ici Ella Fitzgerald dans ses accents et inflexions.
« A-Tisket, A-Tasket » (originalement co-écrit par Ella et Al Feldman en 1938 et dédié à Chick Webb, dont l’orchestre a accueilli la prestigieuse dame du jazz) est une ouverture qui en dit long sur les options de Dee Dee. La théâtralisation de sa voix atteint des contrées nouvelles notamment en matière de « scatting », s’affranchissant en quelque sorte des étiquettes callées traditionnellement au vocal-jazz.

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