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jeudi, novembre 22, 2018
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Dancehall : l’âge d’or Bogle et Butterfly (1993)

Par Awal Mohamadou

 

Au moment où Shabba trônait sur des ventes massives et que sa popularité ne fléchissait pas, sa succession était déjà à l’ordre du jour ! Paradoxal ? Non, pas vraiment… La new school, les mouvements Gal Talk, Bogle et Butterfly avaient déjà pris le relais. Voici l’origine de ces phénomènes…

 

Dans le système du dancehall, on a vite fait de balayer un dj aussi fort soit-il, pour le remplacer par un jeune bad boy au style encore plus meurtrier. C’est le principe de la rota­tion. Un dj accède très vite au plus haut rang — un ou deux singles lui suffiront à imposer son style, exemple : Mega Banton —, mais devra lutter à mort pour conserver son sta­tut, occuper le terrain, quitte à travailler avec deux ou trois producteurs à la fois, afin de saturer les charts reggae dont la physionomie change d’une semaine à l’autre. Bref, être omniprésent pour éviter de se faire déborder.

Prenez n’importe quel chart reggae, anglais, jamaïcain ou améri­cain et détaillez son classement. Au hasard, le « Reggae Disco 45s » de l’hebdo anglais Echoes du 22 janvier 1994. On y voit Mega Banton classé trois fois avec des titres sortis sur deux labels dif­férents : Black Scorpio et Mafia & Flury. La longévité d’un single ragga est très courte. Il est vite consommé puis oublié. Mega Bantou devra rapidement sortir d’autres lyrics pour continuer à exister. C’est la loi. Elle n’épargne personne, même les plus grands, et rend la compétition d’autant plus âpre.

 

L’entrée des majors

 

Depuis trois ans, les majors ont effectué une gigantesque OPA sur le dancehall, reconnaissant ainsi sa grande popularité. En ouvrant le ragga sur la soul (« My Way Or The Highway » de Diana King et Tony Rebel — l’album Vibes Of The Times), l’acid jazz (« Dolly My Babe » de Super Cat, remixé funk/acid-jazz), le rap (« The jam » de Shabba et KRS 1 —  As Raw As Ever), la house (le même Shabba remixé par David Morales) et autres grooves, elles veu­lent élargir son impact. Pour l’heure, force est de constater que les cross over rap et R&B ont plus efficacement fonctionné que la jonction dancehall/pop, sur le marché américain. La vieille garde étant passée aux mains des grosses compagnies, l’under­ground s’occupe à promouvoir une nouvelle génération de DJ’s killers qui chasse déjà sur les terres de ses aînés.

 

L’après Shabba

 

L’après Shabba commence avec la poussée de Buju Banton dans les charts. Bien avant la polémique initiée par « Boom Bye Bye » et son mega contrat avec Mercury, Buju était déjà l’un des Dj’s les plus joués en Jamaïque. Deux mots sur « Boom Bye Bye ». Si le morceau, construit sur le riddim de « Flex » (le tube de Cobra), a provoqué un tel tollé aux Etats-Unis et en Angleterre, c’est non seulement parce qu’il incite aux meurtres des homosexuels en des termes très explicites mais aussi parce qu’il tombe en pleine polémique : faut-il, oui ou non, continuer à promouvoir le dancehall quand ses protagonistes versent systématiquement dans le « gun talk » (histoires de flingues) et menacent de liquider les gays ? Déjà en mai 1992, certaines radios noires américaines retirent de leur play list « Crucifixion » (de Cobra) sous la pression des mouvements gays. Le titre contient des remarques homo­phobes. Lorsque sort « Boom Bye Bye », la coupe est pleine ! Pourtant l’ascension de Buju est irréversible, il marche sur les traces de Shabba (en terme de popularité) avec une suc­cession de hits : « Batty Rider », « Bold Spoon », « Bogie », etc. et termine l’année avec un nouveau succès, « Big It Up », et l’album Mr Mention, sorti chez Penthouse.

 

L’âge d’or du Bogle

 

On entend beaucoup de riddims différents pendant cette année 92. Le riddim de « Housecall » (Shabba/Maxi Priest) avec sa batterie au tempo élastique est abondamment exploité. Tout comme ces riddims minimalistes avec des basses squelettiques et une batterie décalée. C’est tout à fait le genre du « Bam Bam Riddim » qui vampirise le marché dès le mois d’avril. Outernational, Taxi, Top Rank, puis tous les autres labels ont sorti des versions avec la programmation de « Murder She Wrote »/ »Bam Bam », le vieux morceau de Toots & The Maytals revisité par Sly Dunbar et Robbie Shakespear, et livré à Chaka Demus & Pliers. Ces derniers font un massacre pendant le « Dancehall Night » du Reggae Sunsplash et le label Mango immortalise le phénomène « Bam bam » avec une compilation : Bam Bam It’s Murder (Chaka Demus & Pliers, Nardo Ranks, Anthony Red…). Mais 1992, c’est aussi l’année du « Bogle », une danse très sexy, caractérisée par un déhanchement un peu à la manière du « ventilateur » au Sénégal. Une danse et des hits ! Avec des bat­teries fracturées Comme dans « Ting A Ling » de Shabba. Le suc­cès du bogle est tel que Mango sort une compilation, The Bogle, avec Joseph Stepper, Baby Wayne, Buju Banton… En cette fin d’année, le riddim de « Flex » fait fureur tandis qu’une nou­velle génération de dj’s killers prend le contrôle du dancehall.

 

La new school

 

Hardcore ! Cette nouvelle vague ragga s’inscrit dans la lignée de Buju. Les jeunes « tueurs » qui suivent son ombre sont défi­nitivement hardcore. La presse spécialisée ragga/reggae anglosaxonne parle de « New School », une nouvelle école qui comprend notamment Daddy Screw, Ninja Kid, Terror Fabulous, Jigsy King, Mega Banton, Bounty Killer, Spragga Benz, Snagga Puss.

Mega Banton est apparu brutalement en mai 1993 avec « Sound Boy Killing », un titre parmi tant d’autres qui a mar­qué le retour du « Real Rock Riddim » dans le dancehall. Depuis, il multiplie les sorties pour le label Black Scorpio notamment. Fin janvier, il était classé dans les charts reggae pour « No Buju No Ninja » et « Decision ».

Terror Fabulous est un complice de Buju qui vient de signer avec le gros label Atlantic — premier single chez East West « Gansgter Anthem » avant album — après une masse de top singles dont « Action », « Drop A Cool », « Bruckwine Butterfly », et un album, Gwaney Gwaney, sorti chez VP.

Jigsy King braille comme quatre ! Une voix gutturale, un raclement épais, ce jeune killer a déjà inscrit à son compte « It’s Natural », « Butterfly », « Gal A Fuss ».

Ninja Kid monte en flèche depuis « Gal Dem Leg » et « I’d Rather », et se présente comme le dangereux challenger de… Bounty Killer. Ce dernier a beaucoup travaillé avec King Jammy et son fils John. Il appelle, accessoirement, au meurtre des « traîtres » qui renseignent la police sur les activi­tés des bad boys. Premier album sorti récemment par Greensleeves, Jamaica’s Most Wanted, après une série de méfaits : « Spyy Fi Die », « Kill Fe Fun », « Copper Shot ».

 

1993, l’année Butterfly

 

1993 a aussi été l’année du Butterfly, une danse encore plus suggestive que le bogle. Deux hits semblent avoir lancé le mouvement : « Butterfly » de Jygsi King ou « Protein, Vitamin & Mineral » de Galaxy… A Paris, Chaka Demus et Pliers, lors d’un concert désorganisé, incitaient les filles à monter sur scène pour danser le butterfly. Nouvelle danse, nouvelles tendances et retour des basses dans les riddims. Les produc­teurs recyclent des combinaisons basses/batterie des années 80, et le dancehall ne s’en porte pas plus mal. Au contraire. Il pénètre les charts nationaux européens comme jamais aupa­ravant. Tout le monde est pris de court !

D’abord les Anglais, stupéfiés quand Shaggy, Shabba Ranks et Snow raflent les premières places de leur Top 10. Si Snow, jusque-là inconnu, est un jeune Blanc élevé dans un ghetto noir de Toronto, Shaggy est jamaïcain. Installé à Brooklyn (US), il travaille avec le label Signet — tout comme Bajja Jedd, un autre DJ prometteur — et n’en est pas à son pre­mier coup. Big Up, une combinaison avec Rayvon (cf. com­pilation Bakchich), avait déjà été un hit, mais underground. Signet sort « Oh, Carolina ! » et deale à Greensleeves l’exclusi­vité du titre pour le marché anglais. C’est le jackpot !!! Plus de 600 000 copies vendues. Virgin signe Shaggy pour le monde — le chiffre de 1,2 million de Livres (12 millions de francs) a été avancé — et le titre grimpe dans les charts européens. Parole de l’intéressé : « Mes lyrics ne sont pas poli­tiques. « Oh, Carolina » parle d’une fille, la manière dont elle bouge, ce qu’elle dégage. »

Les Jamaïcains appellent ça le « gal talk », des histoires sur les filles, leur beauté, leur sexualité, un thème qui revient en force après une année 92 dominée par les « gun talk » dont Cobra s’était fait la spécialité (mais il n’est pas le seul, Ninjaman excelle dans cet exercice inspiré par l’univers ultra violent des ghettos). Après Shaggy, les vétérans Chaka Demus et Pliers raflent à nouveau la mise avec « Tease Me », avant d’inscrire un nouveau hit, « Twist And Shout », numéro un au Top 10 anglais en plein mois de janvier 94.

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