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jeudi, novembre 14, 2019
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Cookie Crew : Le premier groupe féminin de rap british

Par Antoine « Wave » Garnier
Après un premier album, Born This Way, qui consacrait le premier groupe féminin britannique, capable de faire bouger les foules au-delà de l’île, Cookie Crew (MC Remedee and Suzy Q) revenait avec Fade To Black. Elles s’exprimaient ici sur leur succès, la différence rap américain et britannique, les difficultés à émerger… Après cet album, des divergences avec leur maison de disques a mis fin à leurs carrières.

Londres, comme à peu près toutes les grandes capitales, est depuis des lustres touchée par le phénomène rap. De nombreux films ainsi qu’une poignée de magasins de disques spécialisés ont préparé le terrain. Mais les groupes locaux ont toujours autant de mal à décrocher les contrats auprès des maisons de disques.

Et même si les grands groupes américains ont la possibilité de venir plusieurs fois se produire dans le pays, c’est toujours la galère pour les groupes londoniens qui ne bénéficient d’aucune structure de promotion. Bien sûr, il y a la radio Kiss FM qui jouent les démos, mais on peut se demander si Richie Rich ou Tim West, les Dj’s les plus connus, pourraient exploiter ce créneau si l’ancienne radio pirate ne se devait pas de garder le ton avant-gardiste ou provocateur qui a fait sa réputation.

Deux à quatre heures de rap par semaine dans un pays où la langue ne fait pas obstacle, cela fait êut-être un peu chiche. Quant aux clubs, il est difficile de trouver un endroit qui en joue à 100%. Ce sont plutôt des soirées à thème, avec des dj’s spécialisés comme DJ Biznizz, quand les clubs ne ferment pas pour cause de  récession économique ou de variété. Cependant, l’introduction du jazz, du Swing Beat (New jack Swing) et du reggae ramènent les mélomanes sur les pistes, mais de l’avis de Debbie Pryce (MC Remedee), « Tu n’en écoutes pas autant que tu le voudrais ».

« Je ne veux pas sous-estimer les producteurs d’ici, ils ont du talent, mais je crois que c’est une affaire de studio. C’est pour cela que beaucoup de gens fuient aux Etats-Unis et je ne les blâme pas. Je suggère à tous ceux qui veulent réussir de faire leur balluchons et d’aller aux States parce que ce pays a toujours des difficultés avec le rap »

BNM : Pourquoi avez-vous titré votre album Fade To Black ?

MC Remedee : Je ne sais vraiment pas. Peut-être parce que c’était notre titre favori au moment de l’enregistrement. Pour nous, le morceau prenait beaucoup de sens par rapport à notre histoire et dégageait en même temps un message positif.

BNM : Vous souvenez-vous de vos premières impressions des Etats-Unis ?

R : Je me souviens qu’en vacances, lorsque nous allions dans des clubs avec d’autres artistes comme Daddy O., nous avons senti que les producteurs respectaient davantage les artistes qu’en Angleterre et que les efforts de promotion y étaient plus importants. On te laisse une certaine indépendance quand tu es en studio, alors qu’en Angleterre, on a presque la mainmise sur ta production ou on te propose des productions déjà faites. Ils dépensent vraiment beaucoup d’argent alors que les artistes pourraient le réaliser eux-mêmes. Nous avons également pu nous rendre compte qu’il y avait des dj’s prêts  à collaborer avec nous. Nous y étions très à l’aise.

BNM : Peut-on considérer qu’il existe des similarités entre les communautés noires en Angleterre et aux Etats-Unis ?

MCR : Oui, je le crois : les Noirs où qu’ils soient, ont des points communs. Aux Etats-Unis, il y a un courant de négritude auquel les gens sont de plus en plus sensibles. Les jeunes noir(e)s en Angleterre savent d’où ils(elles) viennent depuis le début alors que là-bas ils sont au stade de la découverte. Ils (elles) continuent de s’informer sur leurs origines, ce qui est une bonne chose.

Les populations noires représentent 12.5% de la population aux Etats-Unis. On sait que moins de 50% de la population américaine vote, en particulier les Noirs du ghetto dont 30% se considèrent oublié par la scène politique.

Aux states, tout déconne, le monde entier déconne, c’est malheureux. Disons que le monde vit d’étranges moments. Les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne sais pas si le fait de voter peut changer quelque chose car ils continuent d’imposer des taxes que les gens ne peuvent pas payer et les Noirs doivent travailler deux fois plus pour obtenir la même chose. Le jour où il y aura un Président noir à la tête des Etats-Unis, ce sera un grand choc. Ce sera une chose intéressante à observer.

« Je crois que la majorité des MC’s et des rappeurs dans ce pays considèrent avoir un rôle à jouer. Le décalage vient du fait que l’industrie du disque a des problèmes avec le rap. Elle veut entendre des sujets que l’on retrouve dans la pop, des « sucreries » dénuées de sens. »

BNM : Penses-tu que les rappeurs(euses) ont un rôle particulier à jouer face à la jeunesse ?

R : Oui, je le crois. Nous devons être positifs dans ce que nous faisons. La jeunesse nous écoute, nous devons donc faire attention à ce que nous disons : ne pas prendre le micro pour dire des bêtises. Nous sommes matures ainsi que nos textes et notre musique et il est dommage que pour des raisons de manque d’argent, cet album n’ait pas bénéficié de la promotion nécessaire. Nous n’avons pas fait assez de concert et l’album n’a pas beaucoup été joué, mais nous nous assurons que les jeunes aient une bonne image de nous.

Je crois que la majorité des MC’s et des rappeurs dans ce pays considèrent avoir un rôle à jouer. Le décalage vient du fait que l’industrie du disque a des problèmes avec le rap. Elle veut entendre des sujets que l’on retrouve dans la pop, des « sucreries » dénuées de sens. Aux Etats-Unis, tu as plus de liberté. C’est différent car là-bas tu vends, il y a un public plus large ; ici c’est une poignée.

« Je ne veux pas sous-estimer les producteurs d’ici, ils ont du talent, mais je crois que c’est une affaire de studio. C’est pour cela que beaucoup de gens fuient aux Etats-Unis et je ne les blâme pas. Je suggère à tous ceux qui veulent réussir de faire leur balluchons et d’aller aux States parce que ce pays a toujours des difficultés avec le rap »

BNM : Cela explique-t-il votre choix de travailler avec Gangstarr, Blacksheep et Daddy O. ?

R : Oui, car nous voulons travailler avec des artistes que nous respectons et qui nous inspirent. Daddy O est notre héros, quant à Gangstarr, nous les aimons beaucoup ; Blacksheep est sur Polygram, notre label : cela a facilité les contacts.

BNM : La guerre entre les productions britanniques et américaines est-elle toujours d’actualité ?

R : Quand tu écoutes une production américaine, elle est plus « lourde », plus funky. Je ne veux pas sous-estimer les producteurs d’ici, ils ont du talent, mais je crois que c’est une affaire de studio. C’est pour cela que beaucoup de gens fuient aux Etats-Unis et je ne les blâme pas. Je suggère à tous ceux qui veulent réussir de faire leur balluchons et d’aller aux States parce que ce pays a toujours des difficultés avec le rap. Nous sommes toujours dépendants du rap américain. Il nous faut nous entraider, nous ne pouvons pas vivre très longtemps si la maison de disques nous met de côté pour se concentrer sur des artistes d’Outre-Atlantique. Mais nous continuerons à travailler aussi longtemps que nous le pourrons.

BNM : Que penses-tu de la percée sur le marché américains de groupes comme The Brand New heavies par exemple ?

R : Ils sont très bons, nous les avons vus à Los Angeles lors de leur tournée de promotion : le public devenait fou… La Brand New Heavies-mania !!! Ils sont plus connus là-bas et ont beaucoup plus de soutien qu’ici alors qu’ils sont là depuis des années  Nous avons la même maison de disques. Parce qu’ils ont acquis une sorte de signature américaine, le public britannique commence à les apprécier à leur juste valeur. Aujourd’hui, tout le monde veut travailler avec eux et j’en suis fière pour eux : ils sont britanniques (rires). S’il faut aller aux Etats-Unis pour que cela nous aide, alors allons-y parce que la musique noire s’est toujours vue flouée.

BNM : Quelle est votre politique en ce qui concerne la sampling (échantillonage) ?

R : Nous n’avons pas les moyens de subir un procès alors nous faisons en sorte d’avoir au préalable toutes les autorisations. De toute manière, nous respectons les gens que nous « samplons »  donc il faut les créditer… Mais le fait d’utiliser des instruments apporte un nouveau son, mais ce n’est pas une technique que nous voulons pour le moment utiliser, nous n’en avons pas les moyens et puis nous ne voulons pas suivre une mode. En ce sens, nous sommes un peu « vieux jeu » et nous préférons les deux platines, la paire de micro et le DJ. Tant que n’aurons pas assez de succès et de promo, nous serons obligées de passer par là. Peut-être un jour, pourquoi pas ? Nous ne sommes pas fermées.

BNM : Avez-vous rencontré des difficultés sexistes dans ce milieu ?

R : Nooooon ! Tout le monde a cette impression. En fait, les gens savent à qui ils ont a affaire, ils savent ce que représentent les Cookie Crew. Nous nous respectons donc nous sommes respectées, c’est ce genre de feeling que les gens ont quand ils nous rencontrent. La manière dont nous nous comportons véhicule ce que nous sommes. Nous ne sommes pas le genre à courir vers la backstages (coulisses) après un concert…

BNM : Une idée de la composition de votre public ?

R : Je crois qu’il est très divers. Nous avons des titres dans plusieurs charts, beaucoup de jeunes de 18 ans et en dessous. Et quelques adultes.

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