fbpx
samedi, octobre 20, 2018
Accueil > Genres > Afro / Latino > Cesaria "Cize" Evora (1993)

Cesaria "Cize" Evora (1993)

Par Vincent Serge

En l’espace de deux albums internationaux, Cesaria Evora, « la dame aux pieds nus », est deve­nue la meilleure ambassadrice de l’ile de Mindelo. Parcours d’une diva à la morna tourmentée.

Black News : Vous êtes enfin reconnue comme une grande chanteuse depuis votre deuxième album et vos différents passages en France. Que vous inspire tout ce battage médiatique ?
Cesaria Evora : Vous savez, je prends tout cela avec recul et beaucoup de sérénité ; je savais qu’un jour, le succès vien­drait. J’aurais, bien sûr, aimé que cela arrive plus tôt. La sin­cérité, l’émotion et l’amour n’ont pas de frontière, j’ai tou­jours chanté de cette façon. En Europe, je vois combien les gens apprécient mes chansons par leurs réactions ; ce don me vient certainement de mon père.

« (…) Ma vie a été assez mouvementée : mon premier mari était portugais et m’ a quittée pendant que j ‘étais enceinte ; le deuxième également, à la mort de mon enfant ; le troisième (…). Je ne fais que chanter l’amour, du temps où j’en avais. »

 

BN. : En vous écoutant, on ne peut s’empêcher de faire une relation avec votre vécu, et votre façon de chanter évoque certaines grandes chanteuses de blues ...
C.E. : Il est vrai que ma vie a été assez mouvementée : mon premier mari était portugais et m’ a quittée pendant que j ‘étais enceinte ; le deuxième également, à la mort de mon enfant ; le troisième, un footballeur cap-verdien, est parti à Lisbonne et n’est jamais revenu; je n’ai jamais eu de chance avec les hommes, mais je ne regrette rien. J’ai quatre frères, l’un est mort, et j’ai une sœur qui vit à Marseille. Je ne fais que chanter l’amour, du temps où j’en avais.

« L’origine des mornas n’est pas bien définie; certains disent qu’elles viennent de l’lle de Boa Vista, elles datent sans doute du XIIIe siècle, lors de la domination portugaise. »

 

BN.: Vous êtes originaire du Cap-Vert, de l Tle de Mindelo d’où sont issues les « mornas »
C.E. : Je suis effectivement originaire de l’Ile de Mindelo, mon père et mon oncle étaient musiciens, j’y ai aussi connu B. Lesa, le grand compositeur de « mornas » (les « marnas » sont des chansons au rythme lent et pétris de blues. C’est une ver­sion africaine du fado portugais. Quand elles sont mélanco­liques et tristes, ce sont alors des « sodades ». Ndlr), qui est devenu ma référence dès que je l’ai entendu. J’aime énormément sa musique. L’origine des « momas » n’est pas bien définie ; certains disent qu’elles viennent de l’ile de Boa Vista, elles datent sans doute du XVIIIe siècle, lors de la domination portugaise. J’ai commencé à chanter les « mornas »- qui parlent d’amour, de nostalgie et de poésie-, vers l’âge de 16 ans. J’ai vécu quarante ans à Mindelo, dont trente passés à chanter pour les riches. J’étais payée en cigarettes, poissons, bouteilles d’alcool et quelques piécettes. Je chantais aussi dans les bars du port de Sao Vincente ; après cela, écœurée, j’ai arrêté de chanter pendant dix ans.

BN. : Quel a été l’événement qui a fait basculer votre vie, et la notoriété qui en a suivi?
C.E. : En 1986, pour la première fois, j’ai quitté le Cap-Vert, avec l’orchestre des femmes cap-verdiennes pour Lisbonne, enregistrer deux titres sur un disque collectif J’ai été remarquée par Bana, le chanteur cap-verdien qui fait la pluie et le beau temps là-bas ; j’y suis ensuite retournée en 1987 pour mon premier album. Bana l’a trouvé beau et m’a emmenée dans la communauté cap-verdienne de Boston. De là a démarré réellement ma carrière ; je me rends compte que je peux maintenant vivre de mes chansons.

BN. : Quel est maintenant votre vœu le plus cher, et qu’attendez-vous de la vie?
C.E. : Pour rien au monde, malgré toutes les sollicitations, Je ne quitterais mon île. Je souhaite, avec l’argent gagné, me faire construire une belle maison, pour ma mère, mes enfants et moi. Je suis maintenant reçue partout, mais je connais la valeur de l’argent durement gagné. Je suis aussi fière de don­ner à l’extérieur une image positive du cap-Vert.

BN. : Vous sentez-vous quelques affinités avec le Brésil, car à vous voir, on pourrait vous prendre pour une bahia­naise. Y a t-il, à ce propos, un chanteur ou un compositeur brésilien avec lequel vous aimeriez travailler ?
CE. : J’adore la musique brésilienne, malheureusement, je ne connais pas encore Bahia, mais j’apprécie beaucoup la musique de cet endroit. La personne avec qui j’aurais aimé travailler, Angela Maria, n’est plus de ce monde.

Cesaria, « Cize » pour ses amis cap-verdiens, est considérée comme la reine de la « morna », musique spécifique du Cap­ Vert. Outre le grand compositeur cap-verdicn B. Lesa, l’in­fluence majeure de Cesaria demeure le poète troubadour Eugenio Tavares.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *