fbpx
jeudi, octobre 18, 2018
Accueil > Dossiers > Ces femmes des 90’s (Part. 2) : La seconde génération

Ces femmes des 90’s (Part. 2) : La seconde génération

Dossier réalisé par Olivier N’Guessan, Frédéric Messent et Damien Conaré

 

Elles s’appellent, Aaliyah, Xscape, Brandi, Caron Wheeler, Carleen Anderson. Certaines sont américaines, d’autres anglaises et une française, Sté, qui ont pris le relais de leurs aînées. Certaines ont essayé d’américaniser leur son, d’autres ont fait le chemin inverse, pour tenter de percer un marché… Autant de fortunes diverses qui ont émaillé ces 90’s.

 

Le retour des messagères ?

 

La condition des femmes traditionnellement appréhendées telle l’objet suprême du désir en ce pays où le star-system est roi, aura été pour beaucoup dans les destinées diverses de ces dernières aux Etats-Unis. Et plus encore, au moment même où la soul militante des années 60 – 70  est passée de mode avec l’avènement de la vague disco. Une époque venue sanctifier à l’extrême l’hédonisme, les strass et les paillettes, où les femmes – Donna Summer en tête -, n’auront été que de simples faire-valoir d’une musique de consommation courante destinée autant à endormir l’esprit qu’à faire bouger le corps. En deux mots : l’équivalent de la dance music actuelle, largement relayée à l’époque par quelque gloire (de Diana Ross à Thelma Houston en passant par Gloria Gaynor et les Pointer sisters). Disparues si tôt après avoir été adulées, les starlettes des années qui devaient suivre pendant lesquelles le disco-funk était la musique des clubs (Evelyn King, l’auteure du premier succès commercial en format maxi 45 tours avec « Shame », Sister Sledge, France Joli-Sharon Redd, Gayle Adams, tiercé féminin de choc du label Prélude).

Dès lors, la succession fut des plus longues à assurer ; d’autant que le pli était pris de voir la gente féminine engluée dans des textes d’autant plus faciles à retenir (format dit Easy listening) qu’ils étaient insipides. Et si le tout-venant – parce qu’il ne dérange surtout pas -, satisfait les classes moyennes de Janet Jackson à Madonna à leurs débuts, à Whitney Houston et Mariah Carey), il est par contre de plus en plus en décalage par rapport aux attentes des jeunes générations percutées de plein fouet par les méfaits d’une crise dont elles sont parmi les premières victimes. Les apparitions successives de Seduction puis En Vogue respectivement découvertes par Cole & Clivilles et Foster & Mc Elroy ouvriront toutes grandes les portes des maisons de disques à une nouvelle génération d’artistes. Tandis que Janet Jackson va peu à peu échapper à l’ombre faite sur sa famille par l’aura internationale de son frère Michael… et Madonna, inventer sans cesse de nouvelle facéties pour maintenir l’attention d’un public en perpétuel renouveau autour de son nom.

A lire aussi : Aaliyah

Nul doute que le cri d’alarme lancé par les rappeurs dès les années 80 et les quelques ambassadrices de ce mouvement réputé mysogine aura été pour beaucoup dans la prise de conscience amorcée par les femmes depuis quelques années. Nous sommes restés trop longtemps sans dire ce que ressentions expliquent les membres de Jade, dans l’interview qu’elles nous ont accordée. Après la naissance et l’organisation progressive du cinéma noir, le showbiz jette son dévolu sur ces femmes qui ont quelque chose à dire. La formulation des thèmes par ces dernières étant tout de même un peu plus édulcorée par rapport au vocabulaire employé par ces messieurs. Tout va y passer, jusqu’à l’acte sexuel lui-même ; une formule en vogue pour avoir été exploitée avec le succès que l’on sait par R.Kelly avant qu’il ne la rôde sur ses nombreuses productions : Aaliyah,  Changing Faces, bien que leurs répertoires ne soient pas uniquement dévolus à  ladite question.

Oui, les femmes ont incontestablement la parole en cette première partie. Le réalisme des thèmes abordés par nombre d’entre elles n’est pas étranger à la reconnaissance dont elles bénéficient aujourd’hui. SWV dont le nom est sans équivoque Sisters With Voices, à Blackgirl passant par Mary J Blige, Sweet Sable – découverte sur la Bande originale d’Above The Rim -, Chanté Moore ou encore, mais pour un moment plus jeune, Brandy, beaucoup de chemin reste cependant à parcourir avant que les femmes acquièrent une reconnaissance similaire à leur vis-à-vis dans ce domaine particulier. La question reste soumise à leurs revendications d’émancipation d’une part, ainsi qu’aux capacités d’acceptation de ces dernières par la société toute entière.

A Lire aussi : Brandi (Norwood)

Les anglaises à l’assaut de l’industrie

 

Rarissimes sont les Anglaises qui peuvent se targuer d’avoir à ce jour acquis la reconnaissance internationale, en dehors d’une certaine Clarke dans les 60 & 70 dont le célèbre « Downtown »  allait d’ailleurs être remixé à la fin des 80’s par le regretté DJ hollandais Slaghuis. Citon encore, plus près de nous, mais dans une moindre mesure, Lisa Stansfield qu’une presse en mal d’appellation a sacré « Reine de la soul blanche » sans pourtant que cela suffise à lui permettre de réussir l’examen de passage dans le gotha du US ; pire encore, son dernier album en date, a même été carrément mis au placard par le patron d’Arista, Clive Davis. Mis à part les inévitables Beatles et les Stones seuls Loose Ends, Soul II Soul sont-ils parvenus à s’y faire un nom. Tant et si bien que les Anglais continuent à tort de s’imaginer  que le seul nom d’un producteur américain est à même de suffire à leur ouvrir les portes. A commencer par les diverses chanteuses de Soul II Soul. Caron wheeler s’y essaiera à deux reprises et sur deux labels différents RCA-UK et Capitol US sans le moindre résultat tangible ; et que dire de Victoria Wilson-James, dont le seul et unique album solo chez Epic est sorti dans une sorte d’indifférence générale de la part des diverses représentations de son label ?

Le cas Mica Paris. En 1988, apparaît une teenager à la voix étrangement mûre, Mica Paris qui imposera avec l’insolence de ses dix-neuf ans une maestria que l’on reconnaît aux seules divas dès la sortie de son premier album My One Temptation sur lequel figure notamment Will Downing. Elle confirme deux ans plus tard, avec Contribution pour autant perdre une once de crédibilité vis-à-vis de la scène underground qu’elle ravit en lui offrant coup sur coup le titre générique de la B.O de Young Soul Rebels et une participation à un duo avec Ray Hayden sous le nom d’Opaz. La tentation est alors trop forte et son label Island l’envoie dès l’été 1992 enregistrer outre Atlantique Whisper A Prayer son troisième album, américanisé à outrance, produit par Rod Temperton et Narada Michael Walden qui ne convainc pas les Américains, et encore moins son public de base, irrité par le gommage intervenu dans ce qui en faisait sa particularité. Un an et demi après sa sortie, Mica en est  réduite à se produire dans de petites salles, pour en rembourser la production. Un véritable gâchis !

A lire aussi : Xscape

Autres exemples : Diana Brown, l’ex-partenaire de barrie K Sharpe, tous deux à l’origine du rare grooves des mid-80’s dont l’histoire retiendra la sortie d’un album en duo… Juillet Roberts, qui évolue tour à tour aux côtés des Jazz Warriors (plus tard, Courtney Pine) ; Shara Nelson, qu’une participation remarquée sur le premier album de Massive Attack, sort de l’anonymat avant un début de carrière solo en demi-teinte. N’oublions pas non plus les girls d’Eternal qui, si elles ne sont pas non plus parvenues à passer outre la résistance américaine, se sont faites une jolie réputation en Europe et en Asie. Enfin, côté pop soul, Des’ Ree, Gabrielle, Lena Fiagbé et Misty Oldland

Les américains viendront en de très rares occasion chercher chez nos voisins ce qu’ils pensent être de « bons coups » à terme.  Ainsi, Atlantic qui, en 1991 signe The Escoffery’s, quatuor composé de Sharon, Michelle, Sandra et Marcie (Escoffery) avec l’album Options… Puis, un an plus tard, D-Influence et sa chanteuse, Sarah Ann Webb, qui sortiront l’album Good 4 We. Il y aura aussi Polydor-US via Wild card qui l’année suivante, signe Nu-Colours avec l’album Unlimited dont la chanteuse, Faye Simpson, n’est autre que la sœur du guitariste Ronny Jordan mais leurs succès restent à ce jour, somme toute des plus relatifs.

Certaines américaines n’hésitent pourtant pas à effectuer le chemin inverse, le public anglais étant réputé plus ouvert que leurs concitoyens. C’est notamment le cas de Martine Girault, littéralement plébiscitée en 1992 avec « Revival » sacré « Titre de l’année » par la presse locale. Las, le contrat initialement signé pour la fourniture de sept albums à son label d’alors, FFRR, est rompu d’un commun accord quelques semaines plus tard. Citons encore l’ex-Young Disciples, Carleen Anderson, et sa cousine, Jhelisa et plus récemment encore kimberly Peer venue rejoindre Driza Bone malgré l’offre de quelques labels américains qui voyaient en elle un typhon potentiel.

Frédéric Messent

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *