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mercredi, juin 20, 2018
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Keep the Spear Burning ! (1995)

Propos recueillis par Awal Mohamadou

 

L’un des premiers si ce n’est le premier à mettre la philosophie de Garvey sur galette, Winston Rodney alias Burning Spear, nom hérité du grand guerrier panafricain Jomo Kenyatta, reste l’un des derniers bastions du reggae roots. Flashback sur une carrière longue de plus de vingt ans.

 

Débuts

« J’ai commencé en fait en 1969. L’original Burning Spear, c’est : Winston Rodney et les choristes Ruppert Hines et Delroy Wilmington. Tu sais à cette époque, je n’avais pas de groupe, donc je devais prendre des musiciens par-ci par-là, et ils faisaient tous partie d’un ensemble. J’avais aussi beaucoup d’autres chanteurs qui faisaient les chœurs pour moi. Les premiers textes que j’ai écrits étaient pour Coxsonne, qui voulait des morceaux avec des harmonies, c’était l’époque. On a du enregistrer à peu près 45 titres pour lui et deux albums : Burning Spear et Rocking Time« .
Ensuite, j’ai fait deux disques pour Jack Rubby : Man In The Hill et Marcus Garvey, mais, you know, je n’avais pas de contrat ni avec Coxsonne ni avec Jack Ruby, donc j’ai décidé de créer Burning Music Production pour pouvoir contrôler ce que je faisais. »

La composition

« C’est quelque chose de naturel, je dirais même plus, la nature joue son rôle ; je dis toujours que la nature exerce sa fonction sur moi et qu’ensuite, je compose. Je trouve d’abord les textes, ensuite la mélodie et enfin, je rentre en studio. Je travaille autrement que certains artistes de reggae qui ne composent que quand ils enregistrent. Moi, je répète avec mon groupe avant, et on finalise après, avec les arrangements au moment de l’enregistrement. LKJ disait : « Je n’ai aucune difficulté à composer parce que je sais précisément ce que je veux. Je ne dis pas que ça ne prend pas de temps… C’est un exercice, un travail. »

« (…) Nous en avons assez de voir comment évolue le monde ; les gens devraient beaucoup plus s’exprimer, se lever, se manifester pour ce qu’ils considèrent juste. »

L’album The World Should Know

« Il n’a rien à voir avec Jah Kingdom. Le concept est différent dans The World Should Know ; je veux dire par là que nous en avons assez de voir comment évolue le monde ; les gens devraient beaucoup plus s’exprimer, se lever, se manifester pour ce qu’ils considèrent juste. A un autre niveau, dans « Inna Time Like Now », je dis qu’on doit être très fort pour affronter les réalités d’aujourd’hui, il faut être « armé » pour se tenir debout dans notre monde, pour conserver son identité. Maintenir son identité est une chose fondamentale. Je dis aussi que c’est important de donner aux gens ce qu’ils veulent, sinon ils se sentent frustrés ; moi, ce que je leur donne, c’est de la musique et à travers elle, l’histoire, la culture et parce que je le leur donne, ils aiment ce que je fais et cela devient « Loving Day » qui est un propos intelligent, sain ».

Marcus Garvey

« Je crois avoir été le premier à l’approcher, sur le plan musical. »

Slavery Days

Nous devons savoir ce qu’a été le passé ; moi, en tant que Jamaïcain, si je ne sais pas d’où je viens, où vais-je aller ? Et aussi parce qu’à l’époque, il y avait moins de conscience, du moins il me semblait que beaucoup de Noirs n’avaient pas conscience de l’importance de ces temps de l’esclavage dans leur histoire, ils n’en avaient qu’une compréhension réduite. Je crois que ceux qui ont écouté cette chanson ont passé une étape, sur le plan historique.

« Le slackness est un concept vide. C’est un style qui n’est pas éducatif et qui n’a aucune conscience. C’est une musique que tu écoutes un ou deux mois, et c’est tout ; après, il ne reste rien. »

 

Le slackness

« Le slackness est un concept vide. C’est un style qui n’est pas éducatif et qui n’a aucune conscience. C’est une musique que tu écoutes un ou deux mois, et c’est tout ; après, il ne reste rien. On ne peut pas dire que c’est « outstanding », mais c’est malheureusement la musique la plus marketée en ce moment ; avant, aucune maison de disques ne voulait signer des DJ’s. Maintenant, c’est ce qu’elles veulent et elles y mettent le prix. C’est une affaire de gros sous, ne crois surtout pas qu’elles s’intéressent aux DJ’s qui font du slackness pour des raisons artistiques, c’est uniquement parce que ça rapporte beaucoup, elles se fichent de savoir si cette musique est constructive et positive. »

La conception de la musique

Je pense que la musique devrait être le plus « propre » possible et donner une perspective à long terme. Quand tu chantes ou écris un morceau, ton enfant doit pouvoir l’entendre et se sentir bien, afin qu’il puisse, à son tour, le transmettre. Pourrais-tu chanter un morceau de slackness à ton enfant ? Une mère pourrait-elle faire écouter à son fils une chanson qui parle de ce que tu sais, et en ces termes vulgaires ?

Le problème des Noirs

La question noire n’existe pas seulement aux Etats-Unis, elle est universelle. Les Noirs doivent absolument être plus solidaires les uns des autres ; aux Etats-Unis, il me semble qu’il y a une véritable prise de conscience de cette situation, mais dans une société aussi matérialiste que celle-là, c’est beaucoup plus difficile à réaliser.

 

« Chez moi, tout s’inscrit dans la durée. Et je n’oublie jamais une chose : c’est le public qui te monte et c’est lui qui peut aussi te descendre, donc je travaille d’abord pour mon public, en fonction de lui, et à son rythme »

Plan de carrière

Quand j’ai commencé, j’avais une approche à long terme : aussi, le fait que je sois toujours là après si longtemps ne me surprend pas, ça surprend peut-être certains journalistes (rires). Tout dépend de l’angle sous lequel tu envisages le business. Certains veulent gagner beaucoup en deux ou trois ans, ils approchent la profession uniquement sous l’angle matériel, commercial, donc quelques mois ou quelques années après, ils disparaissent ! Chez moi, tout s’inscrit dans la durée. Et je n’oublie jamais une chose : c’est le public qui te monte et c’est lui qui peut aussi te descendre, donc je travaille d’abord pour mon public, en fonction de lui, et à son rythme ; pas à celui d’une maison de disques, quelle qu’elle soit !

Les « Love songs »

Je suis capable de faire beaucoup de choses à partir et autour de la musique. Une ou deux « love songs » par exemple, mais ce ne sont jamais des « love songs » au sens où on l’entend habituellement, c’est-à-dire une chanson d’amour sur une relation entre deux individus en particulier, c’est beaucoup plus général. Je veux savoir ce qui se passe à l’intérieur de la musique et ce que tu ressens en l’écoutant, mais à un niveau universel. Je ne parle pas de la musique et de ce que tu ressens en l’écoutant, non, c’est plus profond : les gens ont des problèmes de tous ordres dans le monde entier, il y a beaucoup de pays différents, avec des réalités sociales et matérielles multiples. Alors, la question est de savoir ce qui se passe pour que le monde aille si mal. Quand tu cherches des réponses qui sortent un peu des sentiers battus, que se passe-t-il à l’intérieur. (…) Ceux qui ont les pouvoirs financier et politique savent précisément comment fonctionnent certaines réalités, alors que les simples gens comme toi et moi n’ont pas accès à ces informations.

Burning Spear, The World Should Know

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