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Brandford « Buckshot  Lefonque » Marsalis

Propos recueillis par Tony  Edwards  (correspondant à New-York)

Deuxième épisode de l’ère jazz-rap pour Branford Marsalis, toujours avec DJ Premier. Interview de l’un des membres de l’illustre famille du jazz américain.

 

Black News : Depuis ton travail sur  «Jazz Thing»  avec  Dl  Premier sur la  B.O. de  Mo’ Better  Blues de Spike Lee, l’acid-jazz et la fusion hip-hop-jazz sont devenus plus populaires. Que penses-tu de ce mouvement  ?

Brandford Marsalis : Je pense que ce que je fais avec Buckshot  Lefonque est différent. La plupart des musiciens de l’acid-jazz ne sont pas réellement des musiciens de Jazz, ce sont généralement des musiciens R&B mais je doute qu’ils soient capables de jouer sur scène avec un  jazz  band. Je préférerais  que  es gens utilisent un autre terme que  celui  d’acid-jazz, mais il semble qu’utiliser le mot jazz donne plus de crédibilité.

BN : Es-tu suivi par ta communauté jazz quand tu enregistres  des albums «pop»  ?

B.M. : Non, non, parce que je suis un musicien de  jazz avant tout. Ce  serait différent  si  je  faisais  de  la  pop et que j’essayais de  l’appeler jazz, ou  venant des clubs jazz, je  me mettais à faire de la  « merde », mais ce n’est pas ce que je fais. Mon dernier album, Bloomington, est un vrai album de jazz. Quiconque voudrait  me critiquer  en tant  que  musicien  de  jazz  devrait  écouter cet enregistrement et tous mes autres  albums  de  jazz.

BN : Ecoutes-tu beaucoup de rap  ?  Et que penses-tu du  rap hardcore ?

B.M. : DJ  Premier m’en a beaucoup fait écouter. Je ne suis pas vraimen  dans  les  trucs hardcore  parce que j’aime  écouter de  la musique  avec  mes  enfants et  ils  n’ont  pas besoin  d’entendre  tout  ce  mauvais langage  utilisé  dans  ces  enregistrements. Le gangsta  rap  est  la  manifestation d’un très  grand  et  large  problème dans  notre  pays.  Il  y  a  beaucoup  de  gens  qui  essaient  de bannir  ce genre  de  rap,  mais  ils  ne  voient  pas  que  si  nous  pouvions  évoquer  ces problèmes  sociaux  dans  notre  pays,  il  y aurait  moins de  colère.  Mon  fils a  huit  ans  et  demi, je  ne  crois  pas  qu’en  écoutant certains gangsta-rap­peurs, il sortirait  voler une « fucking» boutique où  tuer  quelqu’un. C’est pourtant ce que certains pensent qu’il  arriverait   aux enfants aujourd’hui.

BN : Ton nouvel album contient beaucoup  de  styles  différents.  Comment  le projet est-il né ?

B.M. : Après avoir fait  «Jazz Thlng»,  j’ai  dit  à  DJ  Premier  que  Je  voulais  retra­vailler avec lui dans le futur, Il  était intéressé ; plusieurs années après, nous avons  trouvé  un  temps  dans nos  calendriers respectifs pour travailler. J’ai dit  à Columbia que  je  travaillais sur une idée d’album  hip-hop-jazz,  et  ils  ne  l’ont  pas vraiment  compris.  Ça leur a pris beaucoup de temps  pour  accepter  l’idée   parce  qu’ils  étaient  habitués  à ce  que je leur  envoie  des  morceaux de  jazz  classique.  Je  ne  peux  pas  vraiment classer  la  musique sur  Bucshot  Lefonque  parce  que  nous  sommes juste  allés  en  studio  et  fait  ce  que  nous  ressentions.  Je voulais simplement  faire  un  bon  album  où  il y aurait différentes vibes : il y a de la poetry, du  hip-hop,  des  ballades et  d’autres mélanges intéressants.

BN : Penses-tu  que  les  jeunes  qui  écoutent  du  hip-hop-jazz  et  de  l’acid-jazz  sont maintenant plus intéressés par le jazz traditionnel ?

B.M. : Je continue d’entendre les  gens  manifester  leur  intérêt  pour  la  musique influencée  par  le  jazz,  mais pour la plupart, cela signifie quelques  beats ou  samples  avec  un  petit  solo  de  sax  dessus,  Aussi  longtemps  que  les gens  pourront  bouger  leurs  fesses  sur une musique,  ils  l’aimeront, mais si  tu  leur  demandes  d’écouter  de  vrais  artistes jazz, ils trouveront cela  très  difficile  à  écouter.  Combien  de  personnes aimant  l’acid-jazz vois-tu  aller  soutenir  des  musiciens  de  jazz  en  concerts  ?  Les  seules personnes  dans  le  hip-hop  que  j’ai  vues  dans  les  clubs  de  jazz  ou  en concerts  sont  DJ  Premier et  Guru.

« Le gangsta-rap est la  manifestation d’un très grand  et  large  problème dans notre pays.  Il y a beaucoup de  gens  qui  essaient de bannir ce genre de  rap,  mais ils ne voient  pas  que si  nous pouvions évoquer ces problèmes sociaux  dans  notre pays, il y aurait moins de  colère. »

 

BN : Ecoutes-tu  beaucoup  de  pop  music  ?

B.M. : Bien  sûr,  dernièrement j’ai  écouté  Sound  Garden,  Peter  Gabriel, Angélique  Kidjo,  Youssou  N’dour,  Jamalski,  U2-Zooropa,  et  beaucoup d’opéra.

BN : De l’opéra ???

B.M. : Yeah,  j’aime  l’opéra  !  Dans  un  enregistrement pop,  il y  a,  normalement,  de la batterie,  de  la basse, de  la  guitare et de l’orgue. Peux-tu  imaginer  écrire une musique  pour un orchestre  de  soixante-quatre  personnes? C’est tellement étonnant et  complexe,  la  pop  paraît  simple  à côté. J’analyse  constamment la musique,  tous  les  styles.  L’un  des  enregistrements les  plus  complexes  dont  je me  souvienne  est  le   All N  All,,  de  Earth, Wind  &  Fire.  Il  y  a  tellement  de  choses imbriquées  les  unes  aux  autres  dans cette  musique,  et  c’est  quelque  chose qui  m’a  influencé  quand  je  faisais  cet album de  Buckshot  Lefonque.

BN : J’ai  remarqué  que  tu as utilisé  beaucoup de sons qui ne le sont pas généralement dans le hip-hop…

B.M. : C’était le but  de ce projet. Dans une chanson,  j’ai  quelqu’un  qui joue du  slide-guitar, un  instrument  que  beaucoup  de  Noirs  ne  connaissent pas,  mais  c’est  pourtant  les  Noirs  qui  l’ont  inventé. Tu vois maintenant la plupart des musiciens blancs l’utiliser, n’est-ce pas étonnant ? Je crois  que c’est  quelque  chose  qui  vient  de  notre héritage  africain ;  c’est  vrai  que nous  ne  pouvons  pas  en  être  sûr parce  que  nous  ne  pouvons  pas  exactement  tracer  toute  notre  histoire,  mais  certains  guitaristes  noirs  l’ont  utilisé  pour  ouvrir  des  bouteilles de  coca il y a  plusieurs années de  cela,  et  jouent  de  la  guitare  quand il  presse,  le  verre  de  la  bouteille  de  coca,  qui  ressemble à une boucle d’oreille contre les cordes d’une guitare. Ça donne un son différent et intéressant. Ils  l’appelaient  «Bottle  Neks » mais maintenant,  tu  peux  acheter une  pièce  qui  fait  la  même  chose  dans  un  magasin. Malheureusement,  c’est  l’une  des  nombreuses  choses que Noirs ignorent. J’ai fait écouter  à  Tony Toni  Toné ce son de guitare et ils l’ont  aimé. Peut-être qu’ils l’utiliseront…

« Quiconque voudrait me critiquer en tant que musicien de jazz devrait écouter Bloomington et tous mes autres albums jazz »

 

BN : Tu  as déjà joué avec beaucoup de musiciens différents, avec  qui  aimerais-tu travailler dans le futur ?

B.M. : J’aimerais  travailler  avec  la  chanteuse  libanaise  Warda.  Ils  la  connais­sent  en  France. J’aimerais aussi travailler sur un opéra. J’aime  Sting  et j’aimerais bien  travailler  avec  lui. S’il me demande de  jouer avec lui, je serai là.  Mais,  aujourd’hui,  je  veux  juste  travailler  avec  mon  groupe  avec qui je travaille aussi sur  «Tonite  Show»  à  la  télé.  C’est déjà beaucoup de travail, parce  qu’on y joue cinq nuits par  semaine.

BN : Le  premier single de Buckshot Le Fonque est  « Breakfast  At  Denny’s ». L’année dernière, le restaurant américain Denny’s a été impliqué dans une action judiciaire. il y a eu plusieurs cas où des clients l’ont accusé de racisme. Le cas le plus  fameux était celui quatre Noirs des services secrets américains à qui on a refusé de servir et qui ont été mal traités au restaurant…

B.M. : Oui, c’était  fou ! Jay Leno qui est l’hôte  de  « Tonite Show»  a  raconté  une blague  sur ce qui s’est passé à  Denny’s  et je lui ai demandé si je pou­vais sampler une  partie  de sa blague et  l’utiliser au début de la chanson. Cela  rappellera  aux gens ce qui  s’est passé.

Buckshot  Lefonque,  Buckshot  Lefonque  (Columbia).

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