fbpx
samedi, septembre 22, 2018
Accueil > Events > Littérature > Black Muslims, Black Panthers : objectifs communs

Black Muslims, Black Panthers : objectifs communs

Par Elia Hoimian

 

Black Muslim, Black Panthers, deux organisations, un même but : la liberté et l’égalité pour tous.

 

Le phantasme médiatique entretenu vis-à-vis des Black Muslims depuis leur création jusqu’à leur dérivé, la Five Percent Nation (la Nation des 5%) — plus engagée politiquement que les premiers et qui tirent leur nom dans le fait que selon eux, « Seuls 5 % de la population noire a accès aux informations alors que les 95 % autres vivront dans l’ignorance complète de la réalité » —, pose encore le problème de la vérification des sources.

Tout a été dit — plutôt inventé —, médit sur les Black Muslims comme sur le mouvement Black Power dans les années 60, au moment où une nouvelle génération de Noirs avait décidé de ne plus souffrir en silence ; et attendre l’arrivée d’une quelconque manifestation divi­ne pour les sortir des constantes humiliations que leur faisait subir ce pays qui avait asservi les générations précédentes. Mais s’est-on déjà vraiment interessé, sans arrière-pensées malsaines , à leurs diverses réalisations, à leur influence réelle sur la communauté ? Qui sont-ils ? Qu’en reste-il ?

Autant de questions qui ont des réponses simples, précises — pourvu qu’on veuille se donner la peine de les dévoiler —, mais consciemment occultée par la grande presse, préoccupée à vampiriser tous les mouvements noirs pour augmenter son tirage.

Elijah Muhammad et Malcolm X

 

 

 

 

 

Selon la légende, la Nation Of Islam a été lancée en 1930 à Détroit, par W.D. Fard, un colporteur, mystérieusement disparu quatre ans après le lancement du mouvement, laissant à Elijah Poole Muhammad (1897-1975) la lourde tâche de ramener son peuple dans le droit chemin de la liberté spirituelle totale. Selon une philosophie qui pose ses fondements en trois points essentiels : Partir d’une base religieuse, apprendre au Noir son origine, enseigner des règles de conduite et la révolte contre la ségrégation et l’oppression dont il est la victime toute désignée. Le tout basé sur la séparation par la création soit d’un Etat noir dans une quelconque partie du monde soit par le retour en Afrique, terre de leurs ancêtres. Une théorie chère à Marcus Mosiah Garvey. Mais la force des Mulisms résidait dans le fait qu’ils ont réussi à persuader certains — emprisonnés dans une mentalité d’esclave, complexés, prêts à tout pour ressembler au Blanc soit en se défrisant les cheveux soit en utilisant des produits pour s’éclaircir la peau, afin de gommer leurs traits négroïdes —, de ne plus se considérer comme inférieurs à l’homme blanc, et à bannir tout poison comme le tabac, l’alcool, la drogue, qui rongent la communauté, et à lui rendre sa dignité.

« Les Noirs d’Amérique ont pendant longtemps été poussés à se considérer comme les victimes d’une malédiction divi­ne. Vous ne devez plus penser cela de vous-même. Nous, la Nation noire de la terre, sommes ses premiers pro­priétaires. .. Vous êtes les plus puissants, les plus beaux, les plus sages » (1), déclarait Elijah Muhamad à ses dis­ciples. Au mysticisme d’Elijah Muhamad, Cheickh Anta Diop, vient, lui, scientifiquement expliquer l’apport de la civilisation noire à la civilisation égyp­tienne, donc mondiale. Mais plus que tout, la Nation de l’Islam rattachait le Noir américain à sa terre d’origine et, rejoint, une fois de plus, les prédications du chantre Marcus Garvey qui, avec son cri de ralliement, « One Aim, One God, One Destiny. Africa for Africans at home and abroad » (Un but, un dieu, une destinée. L’Afrique aux Africains d’Afrique et de l’étranger), a réveillé les Jamaïcains encore sous le joug, du colonia­lisme britannique.

Les Blancs et certains Noirs modérés — les « Oncle Toms », comme les appelait Malcolm X—, ont souvent repproché aux Muslims de prêcher la suprématie noire alors que de l’autre côté, la supprématie blanche était, de facto, une institution. Autre reproche et non des moindres fait à Elijah Muhamad et son mouvement, le racisme que sous-entendait notamment une de ses déclarations : « Nous la Nation Noire, sommes les meilleurs de tous les hommes’‘(1). Si l’idée selon laquelle, tout racisme de quelque nature qu’il soit est révoltant, comment ne pas expliquer cette attitude des Blacks Muslims au vu de l’histoire du peuple noir tout entier, qui a connu toutes les affres de la civilisation occidentale : esclavage, colo­nialisme, humiliations, vexations de toutes sortes, viols massifs des femmes, meurtres de ces leaders poli­tiques.. . ? Comme le rappelait, ajuste titre, Malcolm X, « C’est habituellement le raciste blanc qui a créé le raciste noir. Dans la plupart des cas où vous rencontrez le racisme noir, il constitue une réaction au racisme blanc… Réagir avec violence au racisme blanc, ce n’est pas du racisme noir. « 

Si les Muslims constituaient une grande force morale, ils ne formaient en revanche, aucunement un groupus­cule politique. Au discours prophétique d’Elijah suivait une inertie — insupportable pour certains tels que Malcolm — du mouvement. « J’ai quitté les Black Muslims », expliquait Malcolm X, « parce qu’ils étaient sectaires et leur sectarisme empêchait toute action poli­tique. » Bien que la biographie filmée de Malcolm X montre une hiérarchie corrompue et soucieuse que de son image de marque, nul ne peut nier l’apport colossal de la Nation de L’Islam à la communauté et à la forma­tion de Malcolm lui-même. Car le fait d’empêcher les Noirs de succomber à tous les vices qui contribuaient à les aliéner davantage et à libérer leurs esprits est déjà une réussite à mettre au compte des Black Muslims. La Nation Of Islam a de ce fait, beaucoup contribué à la prise de conscience de la communauté dans le combat pour la liberté. Une communauté qu’elle n’a jamais fui comme une certaine classe moyenne, partie s’installer dans les quartiers plus sécurisés. Une classe moyenne, soucieuse de ne pas faire de vagues, de s’intégrer à la classe moyenne blanche et, qui se reconnaît plus dans le discours du pasteur Jesse Jackson. Une petite proportion de Noirs aisés créée par l’émergence d’organisations telles que la NAAP (National Association for thé Advancement of Colored People). Tandis que la nou­velle génération, notamment certains rappeurs, sont plus proches du discours de Minister Louis Farrakhan, le successeur d’Elijah à la tête de l’organisation, sans for­cément partager tous ses points de vue. Et l’apparition de gens tels que Spike Lee, Krs-One, Sister Souljah,… ne peut qu’être de bonne augure pour une génération en quête de leader politique.

Panthers March at Defermery Path–Oakland–Rally to Free Huey, 1969 Vintage gelatin silver print, printed ca. 1969

Black Panthers Party Of Self Defense

Un autre mouvement à qui la grosse presse a forgé une réputation de Noirs dangereux, infréquentables — une image toujours attribuée à ceux qui osent braver un racisme sauvage et inconsidéré —, le Black Panther Party for Self Defence fondé par Huey Newton et Bobby Seale, en 1966, alors que la campagne pour les droits civiques battait son plein. La panthère, emblème du parti, de par sa nature, était en lui-même révélateur des motivations réelles du groupuscule en ce sens que « la panthère riposte, mais n’attaque jamais la première ». Avec une vision plus combattive que les Muslims, les panthères s’arment afin de défendre la communauté. Ce qui a pour conséquence d’en faire la cible privilégiée du FBI qui délaisse la Nation de l’islam pour cette organisation trop turbulente. Comme le rappelait Jeune Afrique du 11 septembre 1989, « les Panthères noires, beaucoup l’ignorent, ont créé des centres hospitaliers, des cantines pour les écoliers et incité les Noirs à s’inscrire sur les listes électorales ».

Il est donc temps de reconnaître à ceux des nôtres que la désinformation a fait passer pour des terroristes, leur engagement sincère, tout le courage et les sacrifices consentis parce qu’ils aimaient les siens. D’autant plus que Huey Newton, son leader, tout comme ses prédécesseurs, est, lui aussi mort, assassiné, le 22 août 1989. C’est l’image du combattant pour la cause noire qu’il faut désormais retenir de cet homme qui, à son niveau, à contribuer au bien-être de la communauté noire américaine. Tout comme le Black Power de Carmichael qui a vu sa reconnaissance la plus frappante dans ces trois Noirs, forts, vainqueurs des Jeux Olympiques, formant des points en signe d’appartenance à ce mouvement, devant les caméras du monde entier. Une image qui me donne encore des frissons de… fierté.

S’il est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup de politiques Noirs siègent dans les mairies et dans certaines sphères de l’administration américaine, la majorité vit toujours en dessous du seuil de pauvreté. La mortalité infantile y est plus précoce, le taux de chômage est le plus important et les morts par meurtre se comptent par milliers. Qu’a donc apporté toute cette lutte, à tout prix, non-violente à la communauté noire ? Presque rien. Le racisme est toujours aussi violent, les Noirs sont toujours considérés comme des citoyens de seconde zone et les mentalités ne sont pas prêtes de changer. Et des événements comme ceux de Los Angeles ne sont qu’un chapitre…

Livres de référence :

Elijah MuhammadMessage to the Blackman in America, Muhammad Mosque of Islam No.2, Chicago, 1965

Murray KemptonThe Briar Patch: the trial of the Black Panther 21, Da Capo Press, New York, 1997

Bobby SealeSeize the time, Black Classic Press, 1968 (Réimpression 1997)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *