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jeudi, novembre 22, 2018
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Bill Evans : Apôtre du jazz fusion

Par Leonard Silva

 

Il a successivement fréquenté les écoles des maîtres Miles Davis (fin 1980 à 1984), Gil Evans et John McLaughlin avec son Mahavishnu Orchestra. Jolie carte de visite…

 

Après la Jazzmataamania du master-rappeur Guru, nous sommes une fois de plus devant l’irréversibilité d’un cycle sans cesse reproduit au sein de la musique populaire de ces cinquante dernières années. Le phénomène (si c’en est un) est de taille. Souvenez-vous de Miles Davis et de ses electric boys quand Ils célébraient, il y a trente ans, le jazz-rock. A l’époque, les puristes de tous bords ont presque cloué au pilori l’insolent prince de la trompette, avant de tirer leur révérence à son hardiesse novatrice. Sans pré­tendre au rôle, à l’évident ingrat, de l’avocat du diable, autant dire que les bruits de la polémique des années jazz-rock ressemblent étrangement à ceux d’aujourd’hui. Mais on oublie trop souvent que la musique populaire n’est que le reflet des métamorphoses sociologiques…

Bill Evans est aujourd’hui un élément de ce nouveau jazz-fusion.

Avec son nouvel album, Push, le septième en solo, depuis Living ln The Crest of A Wave (1983, Blue Note), cet ancien étudiant de la North Texas University, fait ses premières armes aux côtés de Thad Jones. Joanne Brackeen, Art Blakey, Dave Liebman, avant de rejoindre le bassiste Mark Egan et le batteur Danny Gottlieb au sein de Elements (jazz planant).

Bill Evans nous renvoie à l’époque où le Jazz dance était roi des pistes des clubs d’Harlem.- Hormis quelques incohérences sur le plan mélodique, résul­tant de l’abus d’un freestyle » incontrôlé, Bill Evans, épaulé par quelques sommités de la fusion — Clifford Carter, Philippe Saisse, Ray. Bardani, Marcus Miller, Bob James — s’en sort plutôt bien, le rap de KC Flyte fai­sant la passerelle entre les white suburbs » et les « black ghettos ».

J’ai en effet, recherché cet esprit d’harmonie entre deux mondes car pour moi, la musique est un lien de fraternité. Je ne peux pas me soustraire à la réalité sociologique qui m’entoure. C’est de là que vient mon intérêt vis-à-vis de l’association entre le Jazz et les « buts et grooves » du hip hop. J’ai d’ailleurs commencé à m’y intéresser il y a cinq ans, quand d’autres n’osaient pas jouer ce genre de musique. Ma collaboration avec les rappeurs vient du fait qu’ils n’ont aucune formation musicale. Toutes leurs idées, la manière dont ils approchent les sonorités, les arrangements pour chaque instrument, passent uniquement par le feeling. Et leur fraîcheur m’a inspiré pour écrire les morceaux de cet album. »

Ce qui ne l’empêche pas d’avoir opté pour la facilité dela programmation : ce qui contraste avec la sobriété des instruments…                                                                                  .

« La vérité, c’est que j’ai voulu construire cette architecture sonore, c’est-à-dire créer toute la musique à partir d’une série de séquences. Vous pouvez d’ailleurs vous en apercevoir dans les morceaux réalisés par Michael Colina, Ray Bardani et Philippe Saisse. Ceci étant, il n’est pas moins vrai que parfois la programmation enlève l’âme à la musique. Mais si j’avais.disposé de moyens conséquents, j’aurais fait venir un batteur, de façon à mixer les « loops » pour ainsi préserver le feeling de la rue, car mon but était avant tout d’associer la spontanéité de la rue à la rigueur du jazz ».

Certains parlent cependant d’association de rap et de-jazz uniquement pour de l’argent… « Le rap est une expression noire née dans la rue.. Alors que moi, je viens de Clarendon Hills, un voisinage de classe moyenne de l’Illinois, ce qui est complètement différent. Mais c’est cela l‘Intérêt car là. musique va au delà de la barrière des couleurs. En ce qui me concerne, je suis inspiré par les choses que j’entends et que j’aime. Dans le cas précis, c’est cette forme de rap qu’on peut intégrer au jazz pour en faire une forme d’art musical et non le gangsta rap ou le rap hardcore qui ne m’intéressent pas, car sans base musicale. D’autre part, je.voulais un message positif et non la gratuité des messages anti-police ou encore les histoires de petite amie, comme c’est souvent le cas dans le rap hardcore. J’en ai d’ailleurs longuement parlé avec KC Flyte, car nous sommes issus de deux mondes socialement différents. Mais comme je l’ai déjà dit, faire la musique ensemble est un acte de fraternité qui transcende les races pour devenir de l’amitié. J’ai donc trouvé intéres­sant que KC Flyte aborde des sujets comme les relations Inter-raciales.et les brutalités policières aux Etats-Unis. Ecoutez le attentivement ainsi que Blackstar (l’autre rappeur du LP, Ndlr) sur « Life Is Dangerous » et vous comprendrez le message global de l’album ».

Bill Evans, Push (Lipstick/Night & Day)

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