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samedi, septembre 22, 2018
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Beethova Obas : Haïti, Mon Haïti (1994)

Par Awal Mohamadou

 

En 1991, les militaires renversent le Président élu, Jean-Bertrand Aristide. En 1994, de nombreux boat people haïtiens sont refoulés de la base militaire de Guantanomo Bay. Alors,sous l’égide de l’Onu, l’opération Uphold Democracy (Défendre la démocratie) plusieurs pays sous les ordres de l’Amérique débarquent en Haïti. C’est cette vision qui hante Beethova Obas.

 

Si aujourd’hui, pour tromper la misère, je quitte ma  terre, Je  prends la mer malgré la mort (… ) Si l’échine courbée, nous tendons nos sébiles à la face du monde; nous n’avons plus d’avenir Si Haiti se meurt. » Le rythme vacille, fragile, se décompose et meurt dans  un accord. On perçoit l’harmonie d’un dernier arpège, le frottement du doigt sur une corde sensible, un bruit  léger comme une invitation au songe, on dirait presque une musique de vacances quelque part entre les Caraïbes et le Brésil, mais c’est un cri ! Une douleur atroce qui sort de l’estomac ! les chansons de Beethova Obas expriment l’horreur et la mort sous des airs de ballades estivales.

Il y a d’abord l’exil, de Port-Au-Prince à Paris, ensuite Porto Rico et New  York ; il y a ce qu’on laisse en partant et ce qui vous colle à la peau.

« J’ai toujours fait la distinction entre « musique à danser » et « musique à écouter. A Haïti, à côté du Cam « tapé » (le compas direct de Tabou Combo. Ndlr), il y a toujours une tradition de musique à écouter qui remonte à l’époque des « Twobadou » (troubadours). »

C’est aussi le Rara, le Nago, le Petro. C’est également l’angoisse, peut-être, d’exister quand d’autres sont morts. Beethova Obas ne dissimule rien des visions atroces qui l’assaillent. Il les exorcise.  En composant pour Emeline Michel, en jouant avec Malavoi – « Ma nouvelle famille » -,  dit-il et maintenant seul, avec sa guitare, mais  seul à chercher les mots d’un cruel aveu.                                      ,

« Je ne sais pas rire. Quand je ris, c’est pour cacher mes larmes. Si je ris, demande-moi ce qui m’arrive. Je ne peux pas rire, je vois le sang, je pense à ma  mère ! » Alors la rage éclate. « La  situation est dramatique en ce moment, il n’y a plus qu’une heure d’électricité pajour ».

La  rage d’assister impuissant au festin des nantis. Les fossoyeurs de Haïti sont armés par l’Occident. Les coupables vivent à Paris, Londres et New York  ; leur  gouvernement se donne bonne conscience en tentant d’imposer un blocus sans miracle. Quelle farce ! Le peuple agonise, le festin continue.  « Il faut que l’intelligentsia cesse de travailler avec les grandes puissances occidentales », jette  Beethova Obas. « Les militaires doivent retourner dans leurs casernes.« 

Il n’y a qu’une seule façon d’écouter chanter cet artiste haïtien sans  passer à côté de l’essentiel, c’est  d’envisager que sa musique exprime son contraire. Si est un album tragique, de chaires crucifiées, de sang et de désespoir !

 

Beethova Obas, Si (Blue Silver/Déclic)

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