fbpx
dimanche, août 18, 2019
Accueil > Genres > Afro / Latino > Badi Assad : Caldeirao brésilien (1998)

Badi Assad : Caldeirao brésilien (1998)

Par Leonard Silva

 

D’inspiration africaine, le chant de Badi Assad nourrit son jazz aux multiples facettes brésiliennes. Rencontre d’une guitariste au talent affranchi.

 

Badi Assad perpétue une tradition solidement ancrée dans la culture de son pays, comme l’ont fait ses illustres aînés, Gilberto Gil, Caetano Veloso, Gai Costa et Joao Bosco — dont Badi a fait la première partie récemment au New Morning (Paris) — à la fin des années 60, avec le Tropicalisme, qui a succédé à la Bossa Nova, mix de samba et de cool jazz. La Bossa, un genre qui a fait les beaux jours des clubs new-yorkais grâce à Antonio Carlos Jobim et autres Joao Gilberto.

 

A l’instar de celle de nombreux artistes brésiliens, la musique de Badi se définit par le binôme guitare et voix, auxquels s’ajoutent une multitude de références culturelles. « La voix est venue se greffer naturellement dans ma musique comme un apport de communication. Elle m’a rapprochée des gens, au-delà de l’esthétique de mon jeu de guitare », confie Badi Assad.

Replacé dans le contexte multiculturel brésilien, ce n’est pas dans la nouveauté de genre qu’il faut placer cette guitariste-chanteuse, qui se distingue par une sensibilité à fleur de peau. Car, elle est le produit de l’influence de ses frères Sergio et Odair — brillants guitaristes classiques qui ont formé le duo Assad, de renommée internationale —, et d’une expression artistique brésilienne ayant pour matrice l’héritage culturel africain. Bien que de formation classique, Badi s’affranchit à l’évidence des étiquettes de « musique savante » ou de « Brazilian Jazz », très prisée par une certaine critique. Sa démarche musicale guidée par ses multiples influences révèle une palette de sons, harmonies et rythmes aussi divers les uns que les autres, où s’imbriquent maîtrise technique, spontanéité et improvisation.

 

« La musique brésilienne est la conjonction de références ethniques, de jeux d’esthétique et de la manière particulière que, nous, Brésiliens, avons de nous adapter au monde… Au Brésil, outre le côté « entertamment », la musique remplit une fonction sociale. »

 

« Ma musique, explique Badi, comme d’ailleurs celle de la plupart de mes homologues brésiliens, est la conjonction d’un nombre de facteurs, telles les références ethniques, les jeux d’esthétique et aussi une manière particulière que, nous, Brésiliens, avons de nous adapter au monde. Cela fait de ma musique qui, au premier abord, pourrait se confondre avec le classique, un style ouvert à tous, car pour moi, au-delà des éléments artistiques, elle est aussi un acte social.

D’ailleurs, au Brésil, outre le côté « entertainment », la musique remplit une fonction sociale. En réalité, je ne dissocie pas ma musique de ma vie. Ce que j’ai fait dans Chameleon par exemple, est un type d’écriture assez instinctif, qui correspond à mes expériences et passion. Chaque morceau a des liens spécifiques avec mon vécu, les musiques populaires brésiliennes, avec l’Afrique… Je suis en effet fascinée par les voix pygmées de l’Afrique centrale qui ont influencé ma technique vocale. Il y a dans ces voix, un impressionnant travail, notamment sur le plan des harmonies, que j’ai voulu intégrer dans ma façon de chanter et composer. Il y a d’autre part, les percussions qui ont contribué aussi à façonner mon chant. Enfin, ma musique est la rencontre de tous ces éléments qui prennent forme dans ma vie quotidienne. Elle est à l’image du « caldeirao » (melting-pot brésilien) où chacun fusionne avec ses racines culturelles… »

 

Badi Assad, Chameleon (Verve)

Biographie

Maria Angela Assad — sa mère l’appelle Badi (lion magique) dès sa naissance —, est née à Sao Joao da Boa Vista, à quelques km de Sao Paulo. Elle passe son enfance à Rio de Janeiro, s’y initie au piano qu’elle abandonne au bout d’un an pour des raisons financières. Son père, Jorge, d’origine libanaise, l’inscrit à 14 ans à des cours de guitare à Sao Joao, puis c’est l’Université de Rio, où elle ne reste qu’une année.

En 1984, Badi remporte le Concours des jeunes Musiciens, et se produit avec Pat Metheny, Dori Caymni, Hermeto Pascoal, Milton Nascimento, entre autres. En 1987, elle est nommée « Meilleure guitariste brésilienne » au Festival international de Villa Lobos. Dança dos Tons (1989), uniquement distribué au Brésil, est son premier album. Elle enregistre en 1994 et 1995, Solo et Rhythms pour l’indépendant américain Chesky Records! Ce second set lui vaudra, en 1996, d’être la « Meilleure Guitariste acoustique » pour les lecteurs de la revue Guitar Player. Chameleon (Verve), enregistré avec son partenaire/manager Jeff Scott et co-produit par Don Murray, est son dernier album. LS

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *