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Anita Baker : retour gagnant ! (1991)

Par Elia Hoimian

 

Les 60’s et les 70’s ont vu l’apparition d’un grand mouvement musical, canalisé par un label, Tamla-Motown qui depuis, a obtenu son qualificatif de monument, de label prestigieux, précurseur de cette vague de chanteurs couleur d’ébène. Deux décennies plus tard, cette musique qui a connu une phase chancelante fait son retour et nous fait (re)découvrir ce tempo qui a tant fasciné des milliers de fans.

 

Et les majors, toujours au fait de l’actualité lucrative, saisissent cette opportunité pour nous balancer de superbes rééditions de ce trésor afro-américain. Et la tendance en cette année 92 ne fera que s’accentuer. A n’en pas douter, la grande vague Soul Music est de retour.

Celle de la Motown ou celle plus sophistiquée, pour boppies (Noirs de la jet-set américaine), style Luther Vandross, Anita Baker ou encore celle plus proche de la variété, genre Whitney Houston. Le Rythm & Blues se conjugue aujourd’hui, à tous les genres : rap, jazz, acid-jazz. Hammer s’en sert comme une base indispensable pour grimper dans les charts ; les Young Disciples, Omar et les autres groupes anglais lui font prendre un bain de jouvence et nous servent un son plein de sensualité et de groove ; Greg Osby et ses comparses l’ont incorporé au jazz (musique élitiste et intégriste) pour le rendre plus accessible à un grand public. Le gospel s’en sert pour sortir de son isolement. Le tout pour un public en appétit.

La sortie de The Songstress, comme pour confirmer cet engouement pour cette soul chic, sensuelle, nous donne l’occasion de parler de celle qui incarne cette tendance : Anita Baker. Portrait d’une diva.

Au milieu des 80’s, à l’heure où le raz de marée funk battait son plein, où le disco envahissait les lampions des clubs, générant un nouvel état d’esprit, une manière d’être, de se comporter et surtout de se looker, la larmoyante sonorité Motown avait, à l’exception de certains, Marvin Gaye, Jackson… perdu de son hégémonie. Devant ce foisonnement de flashes et de spots, de prestations scéniques époustouflantes menées par des groupes comme Gap Band, S.O.S Band, Shalamar, Kool & The Gang et autres Pointer Sisters et Sister Sledge…. au moment où tout le globe swinguait sec sur les rythmes frénétiques des tempos funk, il était difficile d’imaginer que l’on puisse encore consommer des sons plus mesurés, moins « sur-showfés ».

Et puis, elle est arrivée ! Avec son Rapture, l’album aux cinq millions d’exemplaires.

 

« Pour moi, une chanteuse est quelqu’un qui peut prendre n’importe quelle chanson et la chanter… Moi, j’en suis incapable »

 

En marge de cette mouvance survoltée se tenait une femme frêle, chic qui, de toute la profondeur de son âme, distillait sensuellement un mid-tempo soft, mélange savoureux d’effluves gospel, blues et jazz fusion, devant des spectateurs médusés – agréablement choqués par la candide douceur de ses refrains langoureux -, venus l’acclamer prendant deux soirées sold-out au Odeon Hammersmith de Londres. Un mois plus tôt, par une soirée de juin 1986, son pays avait pu la découvrir au Avery Fisher Hall’s JVC Jazz Festival ; et ses nombreux fans ont pu l’admirer, deux mois plus tard, au Radio City Music Hall de New York.

Son escapade au Montreux Jazz Festival avec George Duke à la direction musicale et aux keyboards, David Sanborn au sax, Freddie Washington à la basse et la section rythmique de la bande à Al Jarreau, a permis à un public de connaisseurs de ces rencontres suisses de palper l’intouchable. Une star était née ! Elle s’appelle Anita Baker.

L’Europe toute entière n’eut d’autre alternative que de succomber elle aussi au charme féérique. Et pourtant, cette somptueuse voix ne se sent pas une âme de chanteuse : « Pour moi, une chanteuse est quelqu’un qui peut prendre n’importe quelle chanson et la chanter… Moi, j’en suis incapable », dit-elle.

Mais comment expliquer alors que le public soit convaincu du contraire ? Peut-être simplement parce que Anita, la modeste, ne donne que le meilleur d’elle-même dans  Giving You The Best That I Got , son deuxième album officiel, vendu à trois millions d’exemplaires. Son dernier LP, Compositions, moins commercial, s’est tout de même arraché à un million et demi de copies dans le monde, lui conférant ce rôle de diva de la soul chic, sophistiquée, respectée de tous. La preuve, les sept Grammies récoltés tout au long de sa carrière discographique peu florissante. Car ses récompenses ne correspondent qu’à trois de ses quatre albums réalisés ; ce qui donne tout crédit à une artiste que le monde entier n’a découverte qu’en 1986, à la faveur de Rapture.

Et pourtant, ses débuts commencent dans son école de Toledo dans l’Ohio, sa ville natale, dont les murs résonnent encore de sa voix et de celles de son groupe de choeur. Les fidèles de l’église se souviennent encore de cette petite fille de douze ans qui, avec sa mère dont elle tient l’apprentissage des chants gospel et son père, pasteur baptiste itinérant, sillonnaient les contrées environnantes.

Sa véritable carrière commence à Detroit où elle a passé son adolescence avec sa tante Lois, au contact des bands de l’époque. Anita rejoint les Chapter 8, le groupe de scène le plus show de la ville avec lequel elle enregistrera un album pour Ariola. Puis, c’est le vide complet. Le périple s’arrête lorsque Ariola traite avec Arista. Le groupe se morcelle et Anita se retrouve seule. Elle se reconvertira tour à tour en cuisinière, réceptionniste, secrétaire, végétera jusqu’en 1980, date à laquelle elle s’essaiera à la production avec un album pour un label indépendant. Album dont elle ne recueillera aucun usufruit. Fin d’un épisode qui lui aura enseigné la méfiance vis à vis des contrats avec les maisons d’édition.

Avec les années 80, reviennent les espoirs de lendemains meilleurs. En 1982, un ancien executive d’Ariola qui, entre-temps a créé son label, Beverly Glen Records, l’appelle pour un enregistrement : The Songstress qui sortira un an plus tard. Son style, nouveau, unique, a une telle coloration romantique jamais entendue qu’elle emballe les stations FM américaines, et le public à travers elles. The Songtress a été le catalyseur qui a fait exploser la carrière d’Anita Baker et assurer sa reconnaissance.

Pendant qu’Anita prend une année sabbatique dans sa villa de Grosse Pointe, Michigan, avec son mari, Walter Bridgforth, à s’occuper de l’école – The Bridgforth Foundation -, de vingt-cinq étudiants, Elektra a ressorti du tiroir The Songstress, l’album qui l’a révélée. Un trente centimètres qui nous rappelle un peu la soul de cette époque, au moment où le R&B perd de sa substance originelle pour se jeter à corps perdu dans la bataille des charts.

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