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Angela Davis : femme, noire, communiste

Figure militante des années 70, célèbre pour sa coupe afro, Angela Davies a toujours lutté contre les tendances racistes du système judiciaire américain

 

Californie tribunal de San-rafael, 7 août 1970, une fusillade éclate.Jonathan, 17 ans, essaye de prendre en otage un magistrat pour obtenir la libération de son frère George, l’un des « frères de Soledad ». Les frères de Soledad (Soledad est le nom d’une prison), trois noirs, qui ris­quaient la chaise électrique pour avoir soit-disant tué un geôlier blanc. L’un d’entre-eux est « légalement » assassiné en prison par un gardien d’un coup de revolver dans le dos, les deux autres seront acquittés deux ans plus tard en mars 1972.

Pendant la fusillade, Jonathan est abat­tu. Jonathan est le garde du corps d’Angela Davies. Angela Davies, noire, communiste et enseignante en philoso­phie dirige le comité de libération des frères de Soledad. Alors qu’elle n’était pas présente lors de la fusillade, elle est inculpée de « meurtre, kidnapping et conspiration ». Le procureur de l’Etat de Californie, dont le gouverneur à l’époque est Ronald Reagan, essaya d’accréditer la thèse suivante : Angela avait organisé elle-même l’enlèvement pour obtenir la libération des frères de soledad. En fait un procès éminemment politique pour inculper une acti­viste du mouvement noir. Angela Davies avait déjà subi le harcèlement des autorités de la Californie et de l’Etat américain. Reagan avait tenté, sans succès, de la faire interdire de cours, l’année précédente. Dans le même temps les membres du « Black Panther Party » étaient abattus par les forces de  » l’ordre « . Dans son autobio­graphie écrite en 1974, Angela Davies explique ainsi pourquoi elle avait déci­dé de s’engager pour la libération des frères de Soledad :

« La décision était prise. Trouver du temps était une question secondaire. A l’UCLA, je luttais en tant que femme noire, en tant que communiste, en tant que révolutionnaire, pour mon droit au travail. Dans la prison de Soledad, George Jackson, John Clutchette et Fleeta Drumgo luttaient en tant qu’hommes noirs, en tant que révolu­tionnaire, pour leurs vies. Mêmes luttes. Mêmes ennemis. « 

« Femme, classe et race, une analyse critique du féminisme au regard de la lutte des noires écrite « en hommage aux femmes noires qui ont trans­mis a leurs filles, nées libres, un héritage de travail, d’autorité, de ténacité et de résistance »

9 Août 1970, Angela Davies se cache, elle se sent menacée et sa confiance en la justice est nulle. Elle se souvient de son enfance en Alabama, où « la ségré­gation est considérée comme faisant partie de « l’american way of life » ». Chaque nuit, la petite Angela entendait des terroristes blancs poser des bombes autour des maison du nouveau quar­tier noir surnommé « Dynamite Hill ». Maintenant, elle se cache et retient son souffle à chaque fois qu’une voiture s’arrête. La police et le FBI finisse par l’arrêter le 13 octobre 1970 à New-York. On l’emprisonne à la Maison de déten­tion pour femmes de New-York située à l’angle de Greenwich et de la 6° Avenue.

Un grand mouvement de solidarité en sa faveur prend forme dans le monde entier. En France, Simone Signoret, d’autres personnalités et les jeunesse communistes se mobiliseront pour obtenir sa libération. Grâce à une bour­se, Angela Davies avait passé une année à la Sorbonne pendant la fin de la guerre d’Algérie, et c’est là et en Allemagne que cette étudiante en phi­losophie devint marxiste. A son retour aux Etats-Unis, l’étudiante en doctorat enseigne à l’université de San-Diego, adhère au Parti Communiste et milite dans la section noire « Che Lumumba Club » de Los Angeles.

Revenons en décembre 1970, après la prison de New-York, elle est extradée vers la prison du comté de Marin en Californie. C’est qu’elle conçoit son livre Femme, classe et race, une analyse critique du féminisme au regard de la lutte des noires écrite « en hommage aux femmes noires qui ont trans­mis a leurs filles, nées libres, un héritage de travail, d’autorité, de ténacité et de résistance ». En février 1972, elle est libérée sous caution. Le 4 juin!972 son innocence est reconnue, c’est l’acquittement. A sa sor­tie de prison, Angela Davies reste fidè­le à ses idées et fonde une « Alliance nationale contre la répression raciste et politique » qui s’occupe depuis lors de mettre à la disposition de jeunes noirs accusés à tort et à travers un avocat ou une assistance juridique. Cette action est particulièrement importante dans
les états du sud où la justice est raciste et inégalitaire.

Aucune rupture, donc, entre ces activi­tés d’aujourd’hui et d’hier. La philo­sophe, qui parle un français très pur, enseigne à la San-Francisco State University et au San-Francisco Art Institute. La communiste, membre du comité central du parti communiste américain, a reçu le prix Lénine de la paix en 1979.

Une nouveauté, « Elle s’est prise de passion pour le cinéma et la photogra­phie » déclare le réalisateur français Jean-Daniel Simon qui en 1975 a tourné un film dont le titre résume la vie d’Angela « L’enchaînement ».

Bruno Deméocq

A lire : Angela Davies, Autobiographie, 1974, Albin Michel. Femme, race et classe, Edition Des Femmes, 1983.

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