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1996 !

1996, comme chaque nouvelle année, semblait prometteuse. Pourtant, elle n’a été marquée que par peu d’événements musicaux majeurs. Aux Etats-Unis, par la mort de Tupac, vedette de la « guerre East et West Coast » ; le premier anniversaire de la « One Million Man March » à New York, ouverte aux femmes et aux enfants ; et le départ de Dr Dre de Death Row.
En France, par le « Score » ahurissant des Fugees, l’affaire NTM et l’entrée de Nas chez la fille de la ménagère de moins de 50 ans et…. par l’absence de votre magazine qui fait sa réapparition pour une nouvelle aventure, pas seulement musicale, mais aussi ouverte sur les sujets de société et autres domaines artistiques du monde noir. Black News is back !
Depuis 1990, la culture noire n’a cessé de gagner en audience, couvrant toutes les générations. Le foisonnement de magazines sur le mouvement le plus important de ces vingt dernières années, la culture de la rue, dont le hip-hop est aujourd’hui l’icône, en est une preuve flagrante.
La France, jusque là réfractaire à la voix de la nouvelle génération noire semble enfin rattraper son retard, et reprendre même certains concepts. Black News dont le premier numéro a vu le jour en février 1991, avait osé lancer un concept d’interviews, à l’époque qualifié de « pro-Black ». Aujourd’hui, la quasi-totalité de la presse spécialisée s’est immiscée dans la brèche et joue la carte de l’entretien « social ». Cela prêterait à sourire si la forme devait prévaloir sur le fond. Il est vrai que dans le cas de Black News, cette orientation était marquée par une rédaction consciente de la notion de minorité parce que justement minoritaire. Ce déplacement de formule est caractéristique de la culture française qui, encore aujourd’hui, n’a pas intégré cette notion, pourtant évidente.
Le tollé soulevé à l’assemblée nationale par le souhait de certains sportifs antillais de préciser dans les compétitions internationales leur origine domienne, et plus récemment les affaires Ministère AMER et NTM, sont à cet égard édifiantes. En effet, ces déclarations de circonstances touchent à deux principes chers à la République : sa Loi fondamentale qui stipule que « La France est une et indivisible », et son Autorité, représentée par les forces de l’ordre. Dans le cas des artistes, c’est l’expression d’une culture qui est en cause. Que ne font pas les groupes de rock, et les chansonniers français qui n’ont pas manqué de s’attaquer à la force publique ? C’est vrai, eux, exprimaient une culture « officielle ». Quant aux autres, ils utilisent le rap, symbole communautaire de résistance.
Ces différentes levées de boucliers marquent tout simplement la négation de la notion de « communauté ». Pourtant, nous sommes en France où on parle de quotas d’artistes noirs dépassé à la télé (cf. l’aventure Native) ; où on n’invite des groupes antillais que « pour faire la fête » dans des émissions « appropriées » ; où il faut montrer patte blanche pour entrer en discothèque, etc. Qu’on se le dise, on ne pourra pas faire l’économie de ce débat là. car s’il est vrai que la notion de minorité découle de celle de la communauté, il est également vrai qu’à force d’occulter ce fait, on aboutir à ce qui serait intolérable pour les assimilationnistes et intégrationnistes à la manque : la réunion de ces communautés éparses en une seule, moins malléable. Et je ne suis pas sûr que cette consolidation se fera sur une base strictement culturelle. A bon entendeur…
Elia Hoimian

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